Cas pratique · Droit des contrats · L2

Cas pratique corrigé : la formation du contrat, l'offre et l'acceptation

Un vendeur propose une commode à une cliente et lui laisse dix jours pour répondre, puis il la vend dès le lendemain à un autre acheteur. La cliente accepte dans le délai et découvre que le meuble est déjà parti. Ce cas pratique de formation du contrat commence par qualifier la proposition, qui peut être une offre, une promesse unilatérale ou un pacte de préférence. Il détermine ensuite ce que la cliente peut obtenir du vendeur, qui a retiré son offre avant la fin du délai. Tu peux lire le début du corrigé ci-dessous, puis recevoir la correction complète de cet exercice en t’inscrivant à ma newsletter.

L'énoncé.

M. Reynaud tient une boutique d'antiquités à Lyon. Il possède une commode Louis XV qu'une cliente fidèle, Mme Aubert, brocanteuse, admire depuis des années. Un matin, il lui envoie ce message écrit : « Je me décide enfin à vendre la commode Louis XV. Je te la laisse à 12 000 euros, et comme tu es la première à qui j'en parle, tu as dix jours pour me répondre. »

Le lendemain, un collectionneur allemand de passage, M. Voss, visite la boutique et propose 18 000 euros pour la même commode. M. Reynaud accepte sur-le-champ et encaisse le paiement.

Trois jours après le message envoyé à Mme Aubert, celle-ci lui écrit pour accepter l'offre à 12 000 euros, donc dans le délai fixé. M. Reynaud lui répond que la commode est déjà vendue. Mme Aubert veut savoir si elle peut obtenir la commode, ou à défaut une réparation.

Le recueil de cette matière

Cas pratiques corrigés Droit des contrats L2 S1

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Deux questions se posent. Il faut d'abord qualifier le message envoyé par M. Reynaud à Mme Aubert. Il faut ensuite déterminer les conséquences de la vente conclue avec M. Voss avant la fin du délai accordé à Mme Aubert. Je fais souvent travailler ce cas pratique à mes élèves de L2, car beaucoup de copies confondent l'offre, la promesse unilatérale et le pacte de préférence.

I. La qualification du message envoyé à Mme Aubert

Rappel des faits utiles

M. Reynaud envoie à Mme Aubert un message écrit sur un bien déterminé, la commode Louis XV, à un prix fixé de 12 000 euros, avec un délai de dix jours pour répondre. Un jour plus tard, avant la fin de ce délai, il vend le même bien à M. Voss pour 18 000 euros.

Le problème de droit

Ce message est-il une offre de vente assortie d'un délai, une promesse unilatérale de vente ou un pacte de préférence ? Tout le raisonnement dépend de cette qualification, car chacune de ces trois figures a son propre régime, et donc ses propres sanctions en cas de vente à un tiers.

La règle de droit applicable

L'article 1114 du Code civil définit l'offre comme la proposition de contracter qui comprend les éléments essentiels du contrat envisagé et qui exprime la volonté de son auteur d'être lié en cas d'acceptation. L'offre suppose donc trois conditions cumulatives. Elle doit d'abord être extériorisée, c'est-à-dire portée à la connaissance du destinataire, par un écrit, une parole ou un comportement sans ambiguïté. Elle doit ensuite être précise, c'est-à-dire contenir les éléments essentiels du contrat, à savoir la chose et le prix pour une vente. Elle doit enfin être ferme. L'offrant doit alors vouloir conclure le contrat si le destinataire accepte, sans garder de réserve qui lui laisserait le dernier mot.

Il faut distinguer cette offre de deux avant-contrats voisins, c'est-à-dire de deux contrats qui préparent une vente future. La promesse unilatérale de vente, prévue à l'article 1124 du Code civil, engage déjà le promettant à vendre à un prix déterminé. Le bénéficiaire n'a donc plus qu'à lever l'option, c'est-à-dire à déclarer qu'il achète, pour que la vente se forme. Même si le promettant révoque sa promesse pendant le délai d'option, le contrat promis se forme quand même, ce qui protège bien mieux le bénéficiaire qu'une simple offre. En revanche, le pacte de préférence, prévu à l'article 1123 du Code civil, engage seulement le promettant à proposer le bien en priorité au bénéficiaire, le jour où il décidera de le vendre. Il porte donc sur une priorité pour une vente future et incertaine, que le promettant n'a pas encore décidée.

L'application aux faits

En l'espèce, le message de M. Reynaud remplit les trois conditions de l'offre. D'abord, il est extériorisé, puisqu'il a été envoyé par écrit à Mme Aubert. Ensuite, il est précis, car il porte sur une chose déterminée, la commode, pour un prix fixé de 12 000 euros. Enfin, la formule « je te la laisse à 12 000 euros » exprime la volonté ferme de M. Reynaud d'être lié si Mme Aubert accepte, sans aucune réserve qui lui permettrait de revenir sur sa parole.

Ce message reste une offre, distincte d'une promesse unilatérale de vente. Rien n'indique en effet que M. Reynaud ait déjà donné un accord définitif et irrévocable à la vente, en attendant seulement que Mme Aubert lève une option. Les parties n'ont prévu ni indemnité d'immobilisation, c'est-à-dire une somme versée pour réserver le bien, ni mécanisme d'option. Le message est donc une proposition ordinaire, assortie d'un délai de réflexion, comme le confirme d'ailleurs son style informel, très éloigné du formalisme habituel d'une promesse.

Le message se distingue aussi d'un pacte de préférence. M. Reynaud a déjà décidé de vendre, il propose un prix ferme, et il attend seulement une réponse dans un délai fixé. Le pacte de préférence porte au contraire sur une vente future, qui dépend d'une décision que le vendeur n'a pas encore prise, alors que le message de M. Reynaud porte sur une vente actuelle et déterminée.

Conclusion

Le message envoyé à Mme Aubert est donc une offre de vente, ferme et précise, assortie d'un délai de dix jours. Les articles 1114 à 1117 du Code civil lui sont applicables.

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Le tableau à connaître pour l'examen

Beaucoup de copies confondent l'offre, la promesse unilatérale et le pacte de préférence. Le tableau montre ce qui les sépare, critère par critère.

Offre (art. 1114) Promesse unilatérale (art. 1124) Pacte de préférence (art. 1123)
Décision de vendre Déjà prise, puisque l'offrant propose une vente concrète Déjà prise et inscrite dans le contrat de promesse Pas encore prise, car le promettant reste libre de vendre ou non
Pouvoir du destinataire Accepter pour former le contrat Lever l'option pour former le contrat Attendre d'être sollicité en priorité, si le promettant décide de vendre
Rétractation ou violation avant terme Le contrat ne se forme pas, et seuls des dommages-intérêts sont dus (frais engagés, sans les avantages attendus du contrat) Le contrat promis se forme quand même Dommages-intérêts, et nullité ou substitution si le tiers connaissait le pacte ainsi que l'intention du bénéficiaire de s'en prévaloir
Prix Déterminé dans l'offre Déterminé ou déterminable Pas nécessairement fixé à l'avance

Les erreurs à éviter sur ce type de cas pratique

Confondre offre et promesse unilatérale

Une formule qui ressemble à un engagement ferme peut très bien rester une simple offre. Il faut donc toujours vérifier si les parties ont réellement convenu d'un mécanisme d'option.

Oublier de distinguer les sanctions

La rétractation d'une offre empêche le contrat de se former, alors que la rétractation d'une promesse laisse le contrat promis se former. Ces deux figures voisines ont donc des régimes opposés sur ce point.

Croire que la victime obtient toujours le bien

Face à une simple offre rétractée, la victime obtient seulement des dommages-intérêts qui couvrent ses frais. Le bien et le bénéfice qu'elle attendait du contrat manqué lui échappent.

Négliger la qualification au profit de la sanction

Toute la solution dépend de la qualification retenue en première partie. Si cette qualification est fausse, la seconde partie l'est aussi, même bien rédigée.

Questions fréquentes sur la formation du contrat

Quelle est la différence entre une offre, une promesse unilatérale et un pacte de préférence ?

L'offre est une proposition ferme et précise, que le destinataire n'a plus qu'à accepter pour former le contrat. La promesse unilatérale de vente engage déjà le promettant à vendre à un prix fixé, si bien que le bénéficiaire n'a plus qu'à lever l'option. Le pacte de préférence oblige seulement le promettant à proposer le bien en priorité au bénéficiaire, le jour où il décidera de le vendre.

Peut-on retirer une offre assortie d'un délai avant son expiration ?

L'offrant qui retire son offre avant la fin du délai commet une faute. En effet, une fois l'offre reçue par son destinataire, l'article 1116 du Code civil oblige l'offrant à la maintenir jusqu'à l'expiration du délai fixé. S'il la retire quand même, le contrat ne se forme pas, mais l'offrant engage sa responsabilité extracontractuelle envers le destinataire. Le destinataire obtient le remboursement des frais qu'il a engagés en vue du contrat. L'article 1116, alinéa 3, exclut en revanche la perte des avantages qu'il attendait du contrat.

Que risque un vendeur qui vend son bien à un tiers avant l'expiration du délai qu'il a lui-même accordé ?

Il engage sa responsabilité extracontractuelle envers le destinataire de son offre initiale. La vente conclue avec le tiers reste pourtant valable, si bien que le destinataire évincé ne peut pas obtenir le bien. Il peut seulement obtenir des dommages-intérêts qui couvrent les frais engagés en vue du contrat. Le gain qu'il espérait tirer de l'achat reste à sa charge, car l'article 1116, alinéa 3, exclut la perte des avantages attendus du contrat.

Le silence vaut-il acceptation en droit des contrats ?

D'après l'article 1120 du Code civil, le silence ne vaut pas acceptation. Cette règle connaît pourtant plusieurs exceptions. Le silence vaut acceptation quand la loi le prévoit, quand les usages de la profession le veulent ou entre partenaires habitués à traiter ensemble. Il vaut aussi acceptation quand l'offre profite seulement à son destinataire, par exemple une remise de dette.

Cette distinction entre offre, promesse unilatérale et pacte de préférence revient dans presque tous les cas pratiques sur la formation du contrat, et les fiches de droit des contrats L2 la reprennent article par article. Pour revoir le syllogisme juridique étape par étape, la méthode du cas pratique en droit propose un exemple corrigé en responsabilité civile. L'article 1169 du Code civil complète aussi cette fiche, car il permet de remettre en cause un contrat sans contrepartie réelle, et il remplace la notion de cause, supprimée du Code civil par la réforme de 2016. De même, la page sur la nullité du contrat explique ce qui se passe quand une condition de validité manque dès la formation. Tu peux enfin lire un autre corrigé sur le dol et la réticence dolosive, une notion très demandée en droit des contrats L2.

Toute la méthode de droit des contrats L2, avec les autres corrigés

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