La cause en droit des contrats

Une notion que la réforme de 2016 a fait disparaître du Code civil, et qui pourtant continue de jouer son rôle sous d'autres noms. Voici ce que tu dois en retenir pour ta copie.

La cause, c'est la raison pour laquelle on s'engage dans un contrat. Quand tu achètes une voiture, ta raison de payer le prix, c'est d'obtenir la voiture. Quand le vendeur te livre la voiture, sa raison de s'en séparer, c'est d'encaisser le prix. Voilà la cause, le but que chacun vise en signant. Pendant deux siècles, le Code civil de 1804 en faisait une condition pour qu'un contrat soit valable, au même titre que le consentement ou la capacité.

La réforme du droit des contrats, l'ordonnance du 10 février 2016 entrée en vigueur le 1er octobre 2016, a rayé le mot « cause » du Code civil. L'article 1128 qui fixe aujourd'hui les conditions de validité ne le mentionne plus. Beaucoup d'étudiants en concluent que la cause appartient au passé. C'est une erreur, et c'est même un piège classique en partiel. La notion a changé de nom, son contrôle s'est réparti dans d'autres articles, mais le travail qu'elle faisait, le législateur l'a gardé. Tu dois donc connaître la cause d'avant 2016 pour comprendre le droit d'aujourd'hui.

Cause objective et cause subjective, la distinction de base

La cause a toujours eu deux visages, et chacun servait à contrôler une chose différente.

La cause objective, qu'on appelle aussi la cause de l'obligation, c'est la contrepartie que tu reçois en échange de ton engagement. Elle est dite objective parce qu'elle reste la même pour tous les contrats d'un même type. Dans une vente, la cause de l'obligation de l'acheteur, c'est toujours la chose vendue, et la cause de l'obligation du vendeur, c'est toujours le prix. Cette cause-là servait à un contrôle simple, vérifier que l'engagement avait bien une contrepartie. Un contrat où l'une des parties s'oblige sans rien recevoir en retour manquait de cause, et il tombait.

La cause subjective, qu'on appelle aussi la cause du contrat, c'est le motif personnel qui pousse une partie à signer. Elle change d'un contrat à l'autre, parce qu'elle dépend des raisons profondes de chacun. Deux personnes achètent le même appartement, l'une pour y vivre, l'autre pour y installer un commerce illégal. Le contrat est le même, mais leur mobile diffère. Cette cause-là servait à un autre contrôle, vérifier que le but réel poursuivi restait permis par la loi. Un contrat signé pour un but interdit avait une cause illicite, et il était nul lui aussi.

Le moyen de retenir. La cause objective contrôle l'existence d'une contrepartie. La cause subjective contrôle la licéité du but. Existence d'un côté, licéité de l'autre, garde ces deux mots en tête et tu ne confondras plus jamais les deux notions.

La cause avant la réforme

Jusqu'au 1er octobre 2016, l'ancien article 1108 du Code civil posait quatre conditions de validité, le consentement, la capacité, un objet certain et une cause licite. L'ancien article 1131 ajoutait une règle nette, « l'obligation sans cause, ou sur une fausse cause, ou sur une cause illicite, ne peut avoir aucun effet ». Le juge avait donc un texte pour annuler un contrat dépourvu de contrepartie réelle, et un texte pour annuler un contrat conclu dans un but interdit. La cause était un outil de contrôle puissant entre les mains du juge.

Deux arrêts résument bien ce que la cause permettait de faire, et tu as tout intérêt à les connaître par cœur.

Point Club Vidéo, Cass. 1re civ., 3 juillet 1996

Un couple loue un stock de cassettes vidéo pour ouvrir un club de location dans un très petit village. La rentabilité d'un tel commerce était impossible dans une commune aussi peu peuplée. La Cour de cassation annule le contrat pour absence de cause, parce que l'engagement du couple n'avait aucune contrepartie réelle. Cet arrêt montre que le juge ne se contente pas d'une contrepartie qui existe sur le papier, il vérifie qu'elle a un sens concret pour celui qui s'engage.

Chronopost, Cass. com., 22 octobre 1996

Une société confie un pli urgent à Chronopost, qui s'engage sur une livraison rapide et la rate. Le contrat contenait une clause limitant le remboursement au prix du transport. La Cour de cassation écarte cette clause, parce qu'elle vidait de toute portée l'obligation essentielle de Chronopost, à savoir livrer vite. Une clause qui contredit l'engagement central du contrat se retourne contre sa propre raison d'être, donc elle est privée d'effet.

La survie de la cause après 2016

Le mot a disparu, le contrôle est resté. Trois articles ont repris le travail que faisait la cause.

L'article 1128 nouveau fixe désormais trois conditions de validité, le consentement des parties, leur capacité de contracter et un contenu licite et certain. La cause n'y figure plus. Mais si tu lis la suite du Code civil, tu retrouves ses fonctions réparties dans d'autres textes. Le législateur a préféré des règles précises à une notion unique jugée trop abstraite, sans pour autant lâcher le contrôle qu'elle exerçait.

Article 1169, l'existence de la contrepartie

« Un contrat à titre onéreux est nul lorsque, au moment de sa formation, la contrepartie convenue au profit de celui qui s'engage est illusoire ou dérisoire. » C'est l'ancienne cause objective qui revient sous un autre nom. Le juge vérifie toujours qu'un engagement reçoit une contrepartie réelle, et il annule quand cette contrepartie n'existe pas vraiment. La jurisprudence Point Club Vidéo trouverait aujourd'hui sa solution dans cet article.

Article 1162, la licéité du but

« Le contrat ne peut déroger à l'ordre public ni par ses stipulations, ni par son but, que ce dernier ait été connu ou non par toutes les parties. » C'est l'ancienne cause subjective. Le juge contrôle toujours le motif réel qui a poussé les parties à signer, et il annule un contrat conclu dans un but interdit. Le texte précise même que le but illicite entraîne la nullité, peu importe que l'autre partie l'ait connu ou non.

Article 1170, l'obligation essentielle

« Toute clause qui prive de sa substance l'obligation essentielle du débiteur est réputée non écrite. » C'est la jurisprudence Chronopost codifiée mot pour mot. Une clause qui contredit l'engagement central du contrat est écartée, et le reste du contrat continue de s'appliquer. Tu peux citer cet article et l'arrêt ensemble, le correcteur verra que tu connais le lien entre les deux.

Un quatrième texte mérite une mention, l'article 1171, qui répute non écrite une clause créant un déséquilibre significatif dans un contrat d'adhésion. Il ne vient pas directement de la cause, mais il participe du même esprit, protéger la partie engagée contre un contrat vidé de son équilibre. Tu peux le citer en complément quand le sujet porte sur les clauses abusives dans un contrat d'adhésion.

Un exemple pour fixer les idées

Prends une situation concrète. Une personne signe un bail commercial pour ouvrir un commerce, et il apparaît que l'activité prévue était impossible à exercer dès le départ, parce que les locaux ne respectaient aucune norme et qu'aucune autorisation ne pouvait être obtenue. Le locataire s'est engagé à payer un loyer, mais il ne reçoit en échange rien qui ait une utilité réelle. Tu raisonnes alors sur l'article 1169. La contrepartie convenue au profit du locataire, la jouissance utile des locaux, est illusoire au moment de la formation du contrat. Le contrat est donc nul.

Change un détail. Le locataire voulait en réalité utiliser les locaux pour une activité interdite par la loi. Le problème n'est plus l'existence d'une contrepartie, il est le but poursuivi. Tu raisonnes cette fois sur l'article 1162. Le contrat déroge à l'ordre public par son but, et il est nul, même si le bailleur ignorait l'usage que le locataire comptait en faire. Selon l'angle que tu prends, tu fondes ta réponse soit sur l'existence de la contrepartie, soit sur la licéité du but. Savoir choisir le bon article, c'est exactement ce qu'on attend de toi dans un cas pratique.

Ce que tu dois écrire dans une copie

Annonce la disparition formelle

Précise que l'article 1128 ne vise plus la cause depuis la réforme de 2016. Ça montre que tu maîtrises le droit actuel et pas seulement le cours ancien.

Montre la survie de la notion

Enchaîne aussitôt sur les articles 1162, 1169 et 1170. Le correcteur attend que tu saches relier l'ancienne cause aux textes qui la remplacent.

Choisis le bon fondement

Existence d'une contrepartie, tu vas vers l'article 1169. Licéité du but, tu vas vers l'article 1162. Ce tri rapide t'évite de te tromper d'article.

Cite les arrêts fondateurs

Point Club Vidéo pour la contrepartie réelle, Chronopost pour l'obligation essentielle. Deux arrêts qui valent des points dès que le sujet touche à la cause.

Pour aller plus loin, la cause se travaille avec les autres conditions de validité, en particulier les vices du consentement et la capacité, que tu retrouves dans la fiche de droit des contrats. Et si tu veux toute la matière déroulée article par article, avec ses conditions prêtes à devenir des majeures, je te prépare des fiches détaillées de droit des contrats que tu n'as plus qu'à apprendre.

Questions fréquentes sur la cause

La cause existe-t-elle encore en droit des contrats depuis 2016 ?
Le mot cause a disparu de l'article 1128 du Code civil avec la réforme du 10 février 2016, qui ne garde que trois conditions de validité, le consentement, la capacité et un contenu licite et certain. Mais le contrôle exercé par la cause reste là. Il s'est déplacé dans d'autres articles, surtout l'article 1162 pour la licéité du but et l'article 1169 pour l'existence d'une contrepartie réelle. La cause survit donc sous d'autres noms.
Quelle différence entre la cause objective et la cause subjective ?
La cause objective, aussi appelée cause de l'obligation, c'est la contrepartie que chacun reçoit. Elle est toujours la même pour un type de contrat donné et elle sert à vérifier que l'engagement a bien une contrepartie réelle. La cause subjective, aussi appelée cause du contrat, c'est le motif personnel qui pousse une partie à signer. Elle change d'un contrat à l'autre et elle sert à vérifier que le but poursuivi reste licite.
Quels articles ont remplacé la cause après la réforme ?
Trois articles reprennent le travail de la cause. L'article 1162 interdit au contrat de déroger à l'ordre public par son but, même si l'autre partie ignorait ce but. L'article 1169 annule le contrat à titre onéreux quand la contrepartie est illusoire ou dérisoire. L'article 1170 répute non écrite toute clause qui prive de sa substance l'obligation essentielle du débiteur, ce qui reprend la jurisprudence Chronopost.
Pourquoi le législateur a-t-il supprimé le mot cause ?
La cause était une notion souple, que la jurisprudence avait beaucoup étendue, au point qu'on lui reprochait son manque de prévisibilité. La réforme de 2016 a voulu rendre le droit français plus lisible et plus attractif pour les contrats internationaux, en remplaçant une notion unique et abstraite par des règles précises. Le résultat est proche, le juge garde son pouvoir de contrôle, mais il l'exerce désormais sur le fondement de textes nommés.

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