Comment faire une fiche d'arrêt
La fiche d'arrêt est le résumé structuré d'une décision de justice. Elle te sert à comprendre l'arrêt, à le réviser et à préparer ton commentaire. On la fait toujours dans le même ordre, en sept rubriques, après une lecture attentive de la décision.
Reconnaître l'arrêt avant de le ficher
Un arrêt de la Cour de cassation rejette le pourvoi ou casse la décision d'appel, et tu le repères à deux signes. D'abord le visa, la formule « Vu l'article… » placée en tête. Le visa accompagne presque toujours un arrêt de cassation, et il manque dans un arrêt de rejet. Ensuite la formule de bascule. Dans l'ancienne rédaction, le passage d'une série d'« Attendu que » à un « Mais attendu que » annonce un rejet, parce que la Cour prend la parole pour écarter les arguments du pourvoi. À la fin, le dispositif tranche, soit « rejette le pourvoi », soit « casse et annule » avec renvoi devant une autre cour d'appel.
Tu dois aussi connaître les deux façons d'écrire les arrêts. Fin 2019, la Cour de cassation a changé sa rédaction. Avant, tout tenait dans une longue phrase unique avec des « Attendu que ». Depuis, le style est direct, avec des titres comme « Faits et procédure », « Énoncé du moyen » et « Réponse de la Cour », et des paragraphes numérotés. Tu liras les deux pendant tes études, donc tu apprends à reconnaître l'une et l'autre. La présentation a changé, mais le raisonnement de la Cour reste le même.
Les sept rubriques, dans l'ordre
1. L'accroche
Tu situes l'arrêt en une phrase, avec la juridiction, la chambre, la date et le thème. Par exemple, un arrêt rendu par la première chambre civile de la Cour de cassation le 16 septembre 2010, en matière de respect dû au corps humain. La formation compte aussi, un arrêt d'assemblée plénière a plus de poids qu'un arrêt de chambre, et tu le signales.
2. Les faits
Tu résumes seulement les faits utiles au problème de droit, et tu qualifies les parties au lieu de les nommer. Tu écris « un salarié et son employeur » ou « un vendeur et son acheteur », et tu gardes une date uniquement si elle a une incidence sur la solution.
3. La procédure
Tu retraces le parcours judiciaire dans l'ordre, la décision de première instance, l'appel, l'arrêt de la cour d'appel, puis le pourvoi. Tu identifies bien qui fait appel et qui se pourvoit. Quand l'arrêt ne reproduit pas la décision des premiers juges, tu ne l'inventes pas.
4. Les prétentions et les moyens
Tu exposes les arguments qui se sont opposés, d'un côté ce que le demandeur au pourvoi reproche à l'arrêt d'appel, de l'autre les motifs de la cour d'appel. Attention, les moyens sont les arguments des parties et non le raisonnement de la Cour de cassation. Dans un arrêt de cassation ancien, les moyens du demandeur n'apparaissent pas, puisque la Cour lui donne raison.
5. Le problème de droit
Tu formules la question posée à la Cour, de façon générale et abstraite, sans reprendre les noms ni les détails de l'affaire. Tu la trouves à partir de la réponse de la Cour, jamais avant. Dans un arrêt de cassation avec un chapeau, il suffit souvent de transformer ce chapeau en question.
6. La solution
Tu donnes la réponse de la Cour et les motifs qui la fondent. Tu reprends le visa et le chapeau, tu expliques pourquoi la Cour casse ou rejette, puis tu finis par le dispositif. La Cour de cassation juge le droit et non les faits, donc elle ne prononce elle-même ni dommages-intérêts ni nullité.
7. La portée
Tu dis ce que l'arrêt apporte. Il peut confirmer une jurisprudence, opérer un revirement, préciser une notion, ou limiter une règle. Cette portée fait l'intérêt de la décision, et tu l'approfondiras dans ton commentaire.
La fiche d'arrêt est la base de ton commentaire d'arrêt. En fin de L1, tu arrêtes même de mettre les titres et tu rédiges les faits, la procédure et les moyens d'un seul tenant, parce que ce bloc devient directement l'introduction de ton commentaire. Plus tu fiches d'arrêts, plus cette introduction te viendra vite le jour de l'examen.
Un exemple de fiche d'arrêt
L'arrêt. Cour de cassation, première chambre civile, 16 septembre 2010, l'affaire de l'exposition de cadavres « Our Body ».
L'accroche
Il s'agit d'un arrêt rendu par la première chambre civile de la Cour de cassation le 16 septembre 2010, en matière de respect dû au corps humain après la mort.
Les faits
Une société commerciale organise une exposition de véritables cadavres humains, conservés par plastination et mis en scène dans diverses positions. Deux associations doutent de l'origine des corps et du consentement des personnes décédées, et veulent faire arrêter l'exposition.
La procédure
Les associations assignent la société en référé pour faire cesser l'exposition. La cour d'appel de Paris leur donne raison et interdit l'exposition. La société forme alors un pourvoi en cassation.
Les prétentions et les moyens
La société soutient que le juge des référés n'était pas compétent, faute de trouble manifestement illicite, et qu'il fallait regarder les conditions concrètes de l'exposition plutôt que l'origine des corps. Les associations répondent que des cadavres exposés dans un but commercial sont traités sans le respect dû aux morts, ce qu'interdit l'article 16-1-1 du Code civil.
Le problème de droit
Une exposition de cadavres à des fins commerciales est-elle contraire au respect dû au corps humain après la mort ?
La solution
La Cour de cassation rejette le pourvoi. Au visa de l'article 16-1-1 du Code civil, elle juge que le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort, et qu'une exposition de cadavres à des fins commerciales méconnaît ce respect. Elle approuve donc la cour d'appel d'avoir fait cesser l'exposition.
La portée
L'arrêt affirme que la dignité du corps humain est protégée même après le décès, et il pose une règle claire, à savoir qu'une exposition de cadavres dans un but commercial est par elle-même illicite.