La fiche de révision d'histoire du droit L1 en PDF

L'histoire du droit de L1 retrace comment l'État apparaît à Rome, puis se reconstruit avec les rois de France jusqu'en 1789, après avoir presque disparu à l'époque féodale. Tu révises cinq périodes dans l'ordre chronologique. Pour chacune, tu retiens qui détient le pouvoir et comment le droit se fait.

Prenons une phrase du Digeste de Justinien, la grande compilation de textes de juristes romains, « Quod principi placuit legis habet vigorem », que l'on traduit par « ce qui a plu au prince a force de loi ». Elle date de l'Empire romain, car le juriste Ulpien l'écrit au début du IIIe siècle. Au Moyen Âge, les légistes du roi de France, des juristes formés au droit romain, la reprennent pour affirmer que la volonté du roi fait la loi, et elle devient « Qui veut le roi, si veut la loi » sous la monarchie absolue. En reliant ces trois moments, tu comprends donc pourquoi un même principe est repris pendant plus de mille ans.

Je suis Julien, professeur de droit. J'ai rédigé la fiche complète de cette matière en croisant mes cours de fac et les dossiers de mes élèves, puis j'ai relu chaque date et chaque formule de cette page dans des sources d'histoire du droit. Pour approfondir, tu peux lire la page sur l'histoire du droit L1, qui présente la matière, et celle sur la méthode de révision de l'histoire du droit, qui détaille un planning. Pour t'entraîner à l'examen, les sujets corrigés sont utiles, car ils réunissent une dissertation et un commentaire de texte.

Fiche complète d'histoire du droit L1 S1, couverture Trajectoire Droit

Fiche complète d'histoire du droit L1 S1

Tout le programme de la matière en 136 pages

La fiche suit les vingt chapitres du semestre, de la royauté romaine jusqu'aux critiques contre la monarchie absolue en 1789. Pour chaque chapitre, elle réunit les définitions et les citations à apprendre, avec des tableaux de synthèse.

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Quel est le programme d'histoire du droit en L1 ?

Les intitulés varient d'une fac à l'autre, et certains cours commencent plus tôt, par la Mésopotamie ou par Athènes. La fiche complète part de Rome et suit vingt chapitres, que cette page regroupe en une introduction et cinq périodes.

Les notions de départ · chapitre 1

Une institution est une structure durable qui survit aux personnes qui la dirigent. Elle possède un organe, par exemple le Sénat ou le Parlement, et des règles qui disent comment cet organe fonctionne. Le cours suit l'histoire de l'État, qui repose sur un territoire, une population et un pouvoir organisé. Pour ce cours, l'État apparaît à Rome, puis il devient presque inexistant à l'époque féodale, avant de se reconstruire avec les Capétiens à partir de 987.

Tu distingues aussi le pouvoir de fait, qui repose sur la seule force, du pouvoir légitime, que les gouvernés reconnaissent comme juste. Un seigneur qui prend de force de l'argent aux voyageurs sur sa route exerce un pouvoir de fait, alors que le roi sacré à Reims est reconnu comme légitime. Cette distinction permet de comprendre la souveraineté, le pouvoir suprême que le roi capétien conquiert contre trois adversaires. L'historien du droit relit enfin ses sources avec prudence, car une loi écrite peut rester sans application.

Rome, de la royauté à Justinien · chapitres 2 à 5 (753 av. J.-C. à 534)

Sous la royauté, le pouvoir repose sur trois organes. Le roi détient l'imperium, c'est-à-dire le pouvoir de commander et de punir. Le Sénat le conseille, et les comices, des assemblées du peuple, ratifient certaines décisions. En 509 av. J.-C., selon la tradition, la chute de Tarquin le Superbe fonde la République. L'imperium passe alors à des magistrats, c'est-à-dire à des responsables élus pour exercer une fonction publique, que deux principes empêchent de devenir de nouveaux rois. L'annualité limite leur mandat à un an, et la collégialité les oblige à exercer le pouvoir à plusieurs.

Les deux consuls disposent par exemple chacun d'un droit de veto sur l'autre, qu'on appelle l'intercessio. En cas de péril extrême, la République nomme un dictateur, mais pour six mois au maximum. Ces deux principes valent pour les magistratures ordinaires, la dictature faisant exception.

Le Sénat réunit environ trois cents anciens magistrats jusqu'à Sylla. Il donne seulement des avis, mais son auctoritas, c'est-à-dire son prestige, lui permet de diriger de fait la politique étrangère et les finances. Les comices votent les lois et élisent les magistrats, et le peuple y répond par oui ou par non à un texte qu'un magistrat présente.

Le conflit des ordres oppose ensuite les patriciens, l'aristocratie qui monopolise les charges publiques, aux plébéiens, le reste du peuple. Il donne d'abord aux plébéiens des tribuns de la plèbe, des magistrats chargés de les protéger et dont la personne est inviolable. Il leur obtient de plus la loi des XII Tables vers 451-450 av. J.-C., première mise par écrit du droit romain. Il s'achève avec la lex Hortensia de 287 av. J.-C., qui impose à tous les citoyens les décisions votées par la seule plèbe. Tu retiens donc de ce conflit qu'un droit écrit limite l'arbitraire des magistrats.

La République prend fin au Ier siècle av. J.-C., parce que ses institutions, conçues pour une cité, supportent mal le gouvernement d'un empire. Les conquêtes enrichissent une minorité et ruinent les petits paysans, et les frères Gracques sont assassinés pour avoir notamment voulu une réforme agraire. Des chefs de guerre placent ensuite leur ambition au-dessus des institutions. Sylla se fait nommer dictateur sans limite de durée en 82 av. J.-C., puis Pompée et César se font la guerre. En 27 av. J.-C., Auguste fonde le Principat. Il garde les apparences républicaines, mais il commande l'armée et tient en pratique les finances. Le pouvoir devient ensuite sacré avec le Dominat, que Dioclétien installe à partir de 284. L'Empire d'Occident s'achève en 476, quand Odoacre dépose Romulus Augustule.

Le droit romain suit lui aussi cette évolution. À l'origine, c'est un droit caché, que connaissent les seuls pontifes, les prêtres chargés du culte. Il mélange le ius, le droit des hommes, et le fas, le droit religieux. La loi des XII Tables, les lois votées par le peuple et la coutume des ancêtres, c'est-à-dire les usages transmis de génération en génération, le mos maiorum, forment ensuite le ius civile, le droit propre aux citoyens. Le préteur, un magistrat chargé de la justice, y ajoute le droit prétorien. Les jurisconsultes, des juristes qui répondent aux questions de droit, l'aident à rédiger ses formules, c'est-à-dire les modèles de demandes en justice.

Sous l'Empire, les lois votées par le peuple deviennent rares, car les constitutions de l'empereur prennent leur place. Auguste accorde à certains jurisconsultes le droit de répondre en son nom, qu'on appelle le ius respondendi, ce qui renforce l'autorité de leurs consultations. Le sénatus-consulte, l'avis du Sénat, est de son côté assimilé à la loi, comme le constate Gaius vers 161. Les jurisconsultes les plus connus, dont Gaius, Papinien et Ulpien, donnent ainsi au droit romain sa forme classique. Ulpien reprend la définition de Celse, pour qui le droit est l'art du bon et de l'équitable.

L'édit de Caracalla étend en 212 la citoyenneté à presque tous les habitants libres de l'Empire. En 426, la loi des citations désigne cinq jurisconsultes, Papinien, Paul, Ulpien, Gaius et Modestin, dont les écrits s'imposent au juge. Le Code théodosien réunit ensuite en 438 les constitutions impériales depuis Constantin. Justinien charge enfin une commission, que dirige Tribonien, de compiler le droit romain. Le Code paraît en 529, puis dans une seconde version en 534, et le Digeste et les Institutes paraissent en 533. Le Digeste rassemble des extraits de jurisconsultes, alors que les Institutes forment un manuel pour les étudiants. Les juristes de Bologne redécouvrent cet ensemble aux XIe et XIIe siècles, et on l'appellera plus tard Corpus juris civilis.

L'époque franque · chapitres 6 à 8 (Ve siècle à 987)

Après la chute de l'Empire d'Occident, le droit se forme à la rencontre de l'héritage romain et des peuples barbares. L'Église, troisième tradition de cette période, garde en effet ses structures et transmet la culture romaine. Ses évêques se mettent donc peu à peu au service des rois francs. Clovis, premier grand roi de la dynastie des Mérovingiens, règne de 481 à 511. Il reçoit le baptême catholique, selon la tradition à Reims et vers 496, une date que beaucoup d'historiens placent plutôt vers 498-499, ce qui fonde l'alliance entre le trône et l'Église.

De plus, les Mérovingiens traitent le royaume comme un bien de famille. À la mort du roi, ses fils se le partagent, d'où des guerres entre frères. Le pouvoir du roi repose sur deux notions, le mundium, qui désigne sa protection, et le bannum, qui désigne son pouvoir de commander et qu'on retrouve ensuite sous le nom de ban.

Le droit suit la personnalité des lois, ce qui crée un pluralisme juridique, car plusieurs droits coexistent sur un même territoire. Chacun est jugé selon la loi de son peuple, les Francs d'après la loi salique et les Gallo-Romains, c'est-à-dire les habitants de la Gaule qui vivent depuis l'époque romaine, d'après le droit romain. La loi salique est surtout un tarif de compensations. Elle fixe par exemple le wergeld, une somme que le coupable paie à la famille de la victime pour éviter la vengeance. Les rois barbares font aussi rédiger les lois de leur peuple, comme la loi des Burgondes, rédigée vers 500 sous Gondebaud, et le roi wisigoth Alaric II fait réunir en 506 des textes romains pour ses sujets gallo-romains, dans le Bréviaire d'Alaric.

Les rois fainéants, ces derniers Mérovingiens qui n'exercent plus le pouvoir réel, le laissent peu à peu aux maires du palais, leurs principaux conseillers, de la famille de Charles Martel. Charles Martel remporte la bataille de Poitiers vers 732, puis son fils Pépin le Bref dépose le dernier Mérovingien en 751 et reçoit l'onction, que le pape Étienne II renouvelle en 754. Le pouvoir du roi vient donc désormais aussi de Dieu. Charlemagne, couronné empereur le 25 décembre 800, gouverne au nom de Dieu. Il légifère par capitulaires, des textes de loi, et il confie le gouvernement local à des comtes que des envoyés du roi, les missi dominici, surveillent.

L'Empire se disloque vite, car il manque d'impôt régulier et se partage entre les héritiers. Ainsi, le traité de Verdun le coupe en trois en 843. Le capitulaire de Quierzy de 877 est souvent présenté comme la reconnaissance de l'hérédité des comtés. Il contient surtout des mesures provisoires, prises avant le départ de Charles le Chauve pour l'Italie, et l'hérédité existait déjà dans les faits. En 987, les grands seigneurs du royaume élisent Hugues Capet, et la dynastie carolingienne perd la couronne.

Le morcellement féodal et l'Église · chapitres 9 à 11 (Xe au XIIe siècle)

Quand le roi ne protège plus personne, chacun cherche un protecteur. Le lien féodo-vassalique apparaît alors, avec une cérémonie en deux temps. Pendant l'hommage, le vassal, c'est-à-dire l'homme libre qui se met au service d'un seigneur, place ses mains jointes dans celles du seigneur. Il prête ensuite la foi, un serment sur des reliques qui rend le lien sacré. Le vassal doit à son seigneur l'aide militaire et le conseil (auxilium et consilium), tandis que le seigneur lui doit sa protection et lui donne un fief, le plus souvent une terre.

Ces obligations sont en effet réciproques. Vers 1020, Fulbert de Chartres écrit qu'un seigneur qui manque à ses devoirs viole sa foi, comme le vassal qui trahit. Quand le vassal trahit, il commet une félonie, que la commise sanctionne, c'est-à-dire la confiscation du fief. À partir du Xe siècle, le fief devient ensuite héréditaire, et l'héritier le reçoit en payant un droit appelé relief.

Tu sépares ce lien du lien seigneurial. Le lien vassalique unit entre eux des guerriers libres, mais le lien seigneurial s'exerce sur les paysans qui vivent dans la seigneurie. En effet, le seigneur banal tient du ban le pouvoir de commander à tous les habitants de son territoire. Il perçoit donc des taxes pour l'usage du four, du moulin et du pressoir, qu'on appelle les banalités. Il rend aussi la justice, avec une haute justice pour les crimes graves et une basse justice pour les petits litiges, auxquelles s'ajoute plus tard une moyenne justice.

Les serfs sont dans une dépendance personnelle envers leur seigneur, d'où des redevances comme le chevage. Le serf qui se marie hors de la seigneurie ou avec une personne libre doit de plus obtenir l'accord du seigneur et payer une taxe, le formariage. À partir du XIe siècle, l'essor des villes affaiblit ce système, car les villes obtiennent des chartes de franchises et se constituent en communes jurées. À la fin du XIe siècle, les coutumes varient d'une seigneurie à l'autre, ce qui prolonge le pluralisme juridique.

L'Église intervient aussi dans le pouvoir politique. Le sacre de Reims, avec l'onction d'huile sainte, fait du roi l'oint du Seigneur, mais il le rend dépendant des évêques. Au XIe siècle, la réforme grégorienne combat l'investiture des évêques par les laïcs, c'est-à-dire leur nomination, avec la remise des insignes de leur charge, par des non-clercs, et le Dictatus papae de 1075 affirme la supériorité du pape. La querelle des Investitures oppose alors le pape Grégoire VII et le roi de Germanie Henri IV, le souverain des terres allemandes. En 1077, à Canossa, Henri IV vient demander au pape de lever son excommunication, c'est-à-dire son exclusion de l'Église. Le concordat de Worms règle le conflit en 1122, en distinguant l'investiture spirituelle de l'investiture temporelle des évêques.

L'Église possède de plus son propre droit, le droit canonique, que le Décret de Gratien ordonne vers 1140 et que les officialités, ses tribunaux, appliquent. Le droit romain redécouvert et le droit canonique forment donc le ius commune, un droit savant commun à l'Europe continentale.

La reconstruction de l'État · chapitres 12 à 16 (987 à 1614)

En 987, Hugues Capet possède un domaine réduit autour de Paris et d'Orléans. Trois atouts permettront pourtant à ses successeurs de devenir souverains. Le sacre fait du roi l'oint de Dieu, ce qui le distingue de tout autre seigneur. Les premiers Capétiens font sacrer leur fils aîné de leur vivant, si bien que l'élection disparaît au profit de l'hérédité. Enfin, le roi ne reconnaît aucun supérieur dans l'ordre temporel.

Philippe Auguste (1180-1223) utilise alors le droit féodal contre les féodaux. Jean sans Terre, roi d'Angleterre et vassal du roi de France pour ses terres françaises, refuse de comparaître devant la cour du roi. Cette cour prononce la commise vers 1202, et Philippe conquiert vers 1204 une grande partie des terres du roi d'Angleterre en France, dont la Normandie et l'Anjou. Il bat à Bouvines, le 27 juillet 1214, la coalition formée contre lui, ce qui consolide sa conquête. Le roi d'Angleterre reste pourtant son vassal pour la Guyenne.

Le roi doit aussi s'affirmer face aux deux autorités qui prétendent commander toute la chrétienté, l'empereur et le pape. Ses légistes répondent à l'empereur par la formule « le roi est empereur en son royaume ». Le conflit entre Philippe le Bel et Boniface VIII vient d'un impôt que le roi veut lever sur le clergé. Le pape affirme sa supériorité dans la bulle Unam Sanctam en 1302, puis des hommes du roi, conduits par Guillaume de Nogaret avec Sciarra Colonna, un ennemi du pape, surprennent Boniface VIII à Anagni en 1303. Cet épisode prépare le gallicanisme, c'est-à-dire l'idée que l'Église de France et son roi gardent une large indépendance face à Rome.

Les légistes tirent aussi du Digeste des maximes comme « ce qui a plu au prince a force de loi ». Au XIIIe siècle, Philippe de Beaumanoir écrit dans les Coutumes de Beauvaisis que « le roi est souverain par-dessus tous ».

Le roi reste lié par les lois fondamentales du royaume, des règles coutumières qui s'imposent à lui, et son administration est encore légère. Elle se construit autour du Conseil du roi, qui l'aide à gouverner, et du Parlement de Paris, auxquels s'ajoute la Chambre des comptes, qui contrôle les finances et que l'ordonnance de Vivier-en-Brie organise en 1320. Les baillis, installés à partir de 1190 environ, et les sénéchaux représentent le roi dans les régions. La justice royale s'impose de son côté par l'appel, qui permet de porter devant le roi la sentence d'un juge seigneurial. Le Parlement de Paris rend aussi des arrêts de règlement, c'est-à-dire des décisions qui servent de règle pour tous les cas semblables, et participe à l'entrée en vigueur des ordonnances par leur enregistrement. Des parlements de province s'ajoutent ensuite, à Toulouse en 1443, à Bordeaux en 1462 puis à Dijon en 1477.

Le roi finance cet appareil par un impôt que l'on justifie d'abord par la nécessité publique et la défense du royaume. D'abord occasionnel, cet impôt devient permanent. Philippe le Bel réunit en 1302 une assemblée des trois ordres, c'est-à-dire du clergé, de la noblesse et du tiers état, qui regroupe tous les autres sujets du roi, et que l'on présente généralement comme les premiers États généraux. Ces assemblées donnent leur consentement à l'impôt, mais elles n'ont aucun pouvoir législatif. Leur dernière réunion avant 1789 date de 1614.

La monarchie absolue · chapitres 17 à 20 (XVIe siècle à 1789)

Jean Bodin définit la souveraineté dans Les Six livres de la République, publiés en 1576. Il la décrit comme la puissance absolue et perpétuelle d'une République, c'est-à-dire d'un État, et il lui reconnaît aussi un troisième caractère, l'indivisibilité. Au XVIIe siècle, Bossuet lui donne ensuite une justification religieuse, l'absolutisme de droit divin, selon lequel le roi tient son pouvoir de Dieu. Louis XIV exerce alors ce pouvoir seul à partir de 1661. Cet absolutisme reste un pouvoir réglé, car le roi demeure lié par les lois fondamentales, par les lois divines et par le respect de la propriété de ses sujets. C'est ce qui le sépare du despotisme, un pouvoir que seule la volonté du maître gouverne.

Le roi devient la source de la loi et légifère par ordonnances, édits et déclarations. Il fait d'abord rédiger les coutumes grâce à l'ordonnance de Montils-lès-Tours de 1454, ce qui donne par exemple la coutume de Paris, rédigée en 1510 puis réformée en 1580. La coutume subsiste, et le droit privé reste largement coutumier.

Le roi pose ensuite lui-même des règles générales, comme l'ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, qui impose le français dans les actes de justice et prévoit des registres de baptêmes. Colbert fait de plus préparer des ordonnances qui rassemblent tout un domaine du droit, dont celles de 1667 sur la procédure civile et de 1670 sur la procédure criminelle. D'autres suivent sur le commerce en 1673 et sur la marine en 1681. Au XVIIIe siècle, le chancelier d'Aguesseau prépare de la même façon des ordonnances de droit privé, sur les donations en 1731 et sur les testaments en 1735. Ces ordonnances s'appliquent à tout le royaume, mais les coutumes locales continuent de régir le droit privé.

Ces textes doivent toutefois être enregistrés par les parlements pour s'appliquer, et les parlements disposent d'un droit de remontrance, c'est-à-dire du droit d'adresser au roi des critiques écrites. Le roi répond donc parfois par un lit de justice, une séance où il ordonne lui-même l'enregistrement. Pour un énoncé sur la loi sous l'Ancien Régime, tu notes que le roi légifère, mais que l'enregistrement conditionne l'application de ses textes.

L'administration repose sur deux types d'agents. Les officiers achètent leur charge et peuvent la transmettre à leurs héritiers depuis la Paulette de 1604, un droit annuel payé au roi. Le roi contrôle donc mal ces agents. Les commissaires, surtout les intendants, sont au contraire révocables et lui obéissent.

Au XVIIIe siècle, la monarchie se fragilise de plusieurs côtés. Les parlements s'opposent aux réformes par leur droit de remontrance. Montesquieu défend la séparation des pouvoirs dans De l'esprit des lois en 1748, et Rousseau défend la souveraineté du peuple. Louis XVI confie le redressement des finances à plusieurs ministres, de Turgot à Brienne, mais les privilégiés, c'est-à-dire le clergé et la noblesse, exemptés de la plupart des impôts, et les parlements font échouer plusieurs de leurs réformes. La dette de l'État reste donc lourde, et la crise financière conduit Louis XVI à convoquer les États généraux, qui s'ouvrent le 5 mai 1789. Le tiers état se proclame Assemblée nationale le 17 juin, puis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 fait revenir la souveraineté à la Nation.

Quelles dates et quels textes faut-il connaître, période par période ?

Le tableau réunit vingt-sept dates à connaître, de la chute de la royauté romaine à l'ouverture des États généraux de 1789. Tu peux les reprendre dans ta fiche et y ajouter les dates que ton enseignant a soulignées.

DateÉvénement ou texteCe que tu en retiens
509 av. J.-C.Chute de Tarquin le Superbe, selon la traditionDébut de la République. Les magistrats élus reçoivent l'imperium pour un an.
Vers 451-450 av. J.-C.Loi des XII TablesPremière mise par écrit du droit romain, qui rend publiques les règles que les magistrats appliquent.
287 av. J.-C.Lex HortensiaLes décisions de la plèbe s'imposent à tous les citoyens, ce qui achève le conflit des ordres.
27 av. J.-C.Auguste fonde le PrincipatLes apparences de la République restent en place, alors que le prince commande l'armée et tient en pratique les finances.
212Édit de CaracallaLa citoyenneté romaine s'étend à presque tous les habitants libres de l'Empire.
395Mort de ThéodoseL'Empire est partagé entre ses fils, Arcadius pour l'Orient et Honorius pour l'Occident.
476Odoacre dépose Romulus AugustuleFin de l'Empire romain d'Occident, alors que l'Empire d'Orient continue.
529-534Compilations de JustinienLe Code, le Digeste et les Institutes réunissent le droit romain, que l'on appellera plus tard Corpus juris civilis.
Vers 496Baptême de ClovisAlliance entre le trône et l'Église catholique, selon une date traditionnelle que beaucoup d'historiens placent plutôt vers 498-499.
751Pépin le Bref dépose le dernier MérovingienIl reçoit l'onction, si bien que son pouvoir vient aussi de Dieu.
25 décembre 800Couronnement de CharlemagneL'Empire est rétabli en Occident.
843Traité de VerdunL'Empire se partage entre les trois petits-fils de Charlemagne. Charles le Chauve reçoit la Francie occidentale, embryon de la France.
987Élection d'Hugues CapetDébut de la dynastie capétienne.
1075-1122Dictatus papae (1075), Canossa (1077), concordat de Worms (1122)La querelle des Investitures oppose le pape au souverain germanique.
Vers 1140Décret de GratienLe droit de l'Église est ordonné, ce qui donne sa base au droit canonique.
1214BouvinesPhilippe Auguste bat la coalition de ses adversaires et consolide sa conquête de la Normandie et de l'Anjou.
1302-1303Première assemblée des trois ordres, bulle Unam Sanctam, attentat d'AnagniPhilippe le Bel défend son indépendance face au pape, et ce conflit prépare le gallicanisme.
1316 et 1328Successions de Louis X et de Charles IVLes femmes ne règnent pas. C'est la règle de masculinité de la couronne.
1419-1420Jean de Terrevermeille et traité de TroyesTerrevermeille écrit en 1419 que le roi n'a que l'exercice de la couronne. Le traité de Troyes de 1420, qui destinait la couronne au roi d'Angleterre, que Charles VII et ses juristes tiennent ensuite pour nul.
1454Ordonnance de Montils-lès-ToursLe roi ordonne la rédaction des coutumes.
1539Ordonnance de Villers-CotterêtsLe français s'impose dans les actes de justice, et des registres de baptêmes sont tenus.
1566Édit de MoulinsLe domaine de la couronne est inaliénable.
1576Les Six livres de la République, de Jean BodinLa souveraineté est définie comme une puissance absolue et perpétuelle.
28 juin 1593Arrêt LemaistreLe Parlement de Paris refuse, au nom des lois fondamentales, qu'un prince ou une princesse étrangers soient installés sur le trône, alors que la Ligue, le parti catholique opposé à Henri IV, tient Paris.
1614Dernière réunion des États généraux avant 1789Le roi ne les convoque plus pendant 175 ans.
1771Réforme MaupeouLouis XV remplace le Parlement de Paris par des magistrats nommés, et Louis XVI rappelle les anciens magistrats en 1774.
17895 mai, 17 juin, 26 aoûtLes États généraux s'ouvrent, le tiers état se proclame Assemblée nationale, puis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen place la souveraineté dans la nation (art. 3).

Pour mémoriser ce tableau, tu relies chaque date au pouvoir qui change à ce moment-là. Par exemple, 476 et 843 marquent la disparition de l'État, et 987 et 1214 le début de sa reconstruction. La page de présentation de la matière reprend aussi quelques-uns de ces repères.

Qui fait le droit à chaque époque ?

Chaque période a ses sources du droit, c'est-à-dire les actes ou les usages d'où viennent les règles, et l'une d'elles domine. Le tableau donne, pour chaque période, qui fait le droit et par quel acte, avec un texte à citer.

PériodeQui fait le droit, et commentÀ citer
RomeSous la République, les comices votent les lois, le préteur publie un édit qui crée le droit prétorien, et la coutume des ancêtres, le mos maiorum, complète le tout. Sous l'Empire, l'empereur fait le droit par ses constitutions, des lettres, des décisions de justice ou des édits, que Justinien réunit ensuite avec les écrits des jurisconsultes.Loi des XII Tables, édit du préteur urbain, Digeste 1, 4, 1
Époque franqueChaque peuple garde sa loi, selon la personnalité des lois. Les rois carolingiens légifèrent en plus par des capitulaires.Loi salique, capitulaires de Charlemagne
FéodalitéLa coutume domine. Elle est orale et locale, c'est-à-dire qu'elle repose sur l'usage répété, et chaque seigneur l'applique sur son territoire. L'Église applique de son côté son propre droit, le droit canonique.Coutumes locales, Décret de Gratien
Reconstruction de l'État, de 987 à 1614Le roi légifère par ordonnances et fait mettre les coutumes par écrit. Le Parlement de Paris juge en dernier ressort, c'est-à-dire sans appel possible, et rend des arrêts de règlement. Le droit savant, le ius commune, sert de base au raisonnement des juristes.Ordonnance de Montils-lès-Tours (1454)
Monarchie absolueLe roi fait la loi par ordonnances, édits et déclarations, que les parlements enregistrent. Sa loi l'emporte sur les coutumes locales, qui subsistent pourtant en droit privé.Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), ordonnance civile de 1667

Ce tableau t'aide aussi pour les questions de cours. La coutume passe de l'oral à l'écrit à la fin du Moyen Âge, puis la loi royale l'emporte progressivement, et le Code civil de 1804 prolonge ce mouvement. La dissertation corrigée sur l'héritage du droit romain montre comment rédiger un sujet qui suit l'influence de Rome sur le droit français.

Contre qui le roi de France conquiert-il la souveraineté ?

Le roi de France conquiert la souveraineté contre trois adversaires, et il répond à chacun avec un moyen juridique différent.

L'adversaireCe qu'il revendiqueLa réponse du roi
Les puissances universelles, l'empereur et le papeIls prétendent commander toute la chrétienté. Le pape affirme dans la bulle Unam Sanctam (1302) que les rois lui sont soumis.Les légistes opposent la formule « le roi est empereur en son royaume ». Philippe le Bel refuse la supériorité du pape, et ce conflit prépare le gallicanisme.
Les seigneurs féodauxIls gardent leurs fiefs devenus héréditaires, et les seigneurs se sont approprié le ban, ce qui leur donne une armée et une justice propres.Le roi se sert du droit féodal contre eux. La commise lui permet de confisquer les fiefs, et l'appel place la justice des seigneurs sous le contrôle de la justice royale.
Les corps intermédiaires, c'est-à-dire les institutions placées entre le roi et ses sujetsLes parlements et les États généraux défendent leur rôle dans l'enregistrement des lois et dans le consentement à l'impôt.Le roi ne réunit plus les États généraux après 1614 et impose l'enregistrement de ses textes par un lit de justice. La réforme Maupeou de 1771 remplace même un temps le Parlement de Paris par des magistrats nommés.

En 1789, la souveraineté change de titulaire, car l'article 3 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen la place dans la nation, alors que le roi la détenait depuis plusieurs siècles. Tu peux ranger les événements de la période capétienne et de la période moderne sous l'un de ces trois adversaires. La suite se trouve dans la fiche de révision d'histoire des institutions L1, qui suit les régimes politiques de 1789 à 1958.

Quelles sont les lois fondamentales du royaume ?

Les lois fondamentales sont des règles coutumières supérieures à la volonté du roi. Elles fixent qui peut devenir roi et ce que le roi peut faire de la couronne.

Loi fondamentaleCe qu'elle ditLa base à citer
HéréditéLa couronne se transmet dans la famille royale, par la seule naissance.Les premiers Capétiens font sacrer leur fils aîné de leur vivant, et l'élection disparaît.
PrimogénitureL'aîné des fils du roi succède, et ses cadets sont écartés.Coutume successorale
MasculinitéLes femmes ne règnent pas et ne transmettent pas la couronne à leurs fils.Successions de 1316 et de 1328, loi salique invoquée ensuite pour les justifier
IndisponibilitéLa couronne n'est pas la propriété du roi. Il l'exerce pendant son règne, et la loi de succession désigne seule son successeur.Jean de Terrevermeille (1419), traité de Troyes (1420), que Charles VII et ses juristes tiennent ensuite pour nul
ContinuitéL'héritier devient roi à l'instant de la mort de son prédécesseur. Le sacre proclame ensuite cette royauté déjà acquise.Règle « le mort saisit le vif », que résume le cri « Le roi est mort, vive le roi ! »
Inaliénabilité du domaineLe roi ne peut ni vendre ni donner le domaine de la couronne, avec des exceptions comme l'apanage, une terre donnée à un fils cadet qui revient à la couronne si sa descendance masculine s'éteint.Édit de Moulins (1566)
CatholicitéLe roi de France doit être catholique.Édit d'Union (1588), abjuration d'Henri IV le 25 juillet 1593, sacre de Chartres (1594)
NationalitéUn prince ou une princesse étrangers ne peuvent pas accéder au trône.Arrêt Lemaistre (28 juin 1593)

Ces règles encadrent le pouvoir du roi sur la couronne, ce qui explique l'expression de monarchie réglée. Elles portent sur le statut de la couronne, donc les libertés des habitants du royaume restent hors de leur champ. Au XVIIIe siècle, elles sont encore invoquées. En effet, en juillet 1714, Louis XIV avait appelé ses fils légitimés, c'est-à-dire reconnus malgré leur naissance hors mariage, à la couronne, à défaut des princes du sang, les princes de la famille royale. Après sa mort, un édit de juillet 1717 retire ce droit aux légitimés, au nom des lois fondamentales du royaume. Pour un sujet sur la succession au trône, tu classes ces règles en séparant celles qui désignent le roi, comme l'hérédité, la masculinité ou la catholicité, de celles qui protègent la couronne, comme l'indisponibilité ou l'inaliénabilité.

Quels textes et quelles formules citer en histoire du droit ?

Six textes méritent d'être cités, de Cicéron à la Déclaration de 1789. Tu en cites un en une phrase quand il prouve un argument de ta dissertation ou de ton commentaire.

Pouvoir et autorité à Rome · Cicéron, De legibus, III, 28

Cicéron écrit, dans la constitution idéale qu'il décrit en s'inspirant de Rome, « cum potestas in populo, auctoritas in senatu sit », ce qui signifie que le pouvoir appartient au peuple et l'autorité au Sénat. Le peuple détient le pouvoir de voter les lois et d'élire les magistrats, alors que le Sénat exerce une autorité, c'est-à-dire un poids moral que les magistrats osent rarement ignorer. Tu la cites dès qu'un sujet d'examen porte sur les rôles du Sénat et des comices.

Le droit écrit · loi des XII Tables, vers 451-450 av. J.-C.

Tite-Live présente les lois des dix premières tables comme la source de tout le droit public et privé de Rome. Une fois affichées, elles rendent publiques les règles que les magistrats appliquent, ce qui limite leur arbitraire. Les pontifes, les prêtres chargés du droit sacré, gardent pourtant la connaissance de la procédure. La divulgation des formules d'action, que la tradition attribue à Cnaeus Flavius vers 304 av. J.-C., la met seulement ensuite à la disposition de tous. La règle devient donc publique dès les XII Tables, mais la procédure reste réservée aux pontifes pendant plus d'un siècle.

La succession au trône · loi salique, titre De alodis

La loi salique est le code des Francs saliens, mis par écrit vers 507-511 selon la datation traditionnelle, sous Clovis. Elle consiste surtout en un tarif de compensations pour des crimes et des délits. Son titre De alodis, qui porte sur la succession aux terres, réserve aux hommes la terre salique, c'est-à-dire la terre familiale des Francs saliens. Le moine Richard Lescot remet en avant ce texte vers 1358, et des juristes l'invoquent ensuite, notamment Jean de Montreuil vers 1410-1413, pour justifier après coup l'exclusion des femmes du trône, une règle que les successions de 1316 et de 1328 avaient déjà imposée pour des raisons politiques. La loi salique sert donc de justification tardive à la masculinité de la couronne.

Face au pape · bulle Unam Sanctam, 1302

Boniface VIII affirme dans cette bulle la théorie des deux glaives, selon laquelle le glaive spirituel et le glaive temporel appartiennent à l'Église. Il conclut ainsi qu'il est absolument nécessaire au salut de toute créature humaine d'être soumise au pontife romain (traduction libre du latin). Philippe le Bel rejette pourtant cette supériorité, et le conflit culmine avec l'attentat d'Anagni en 1303. Boniface VIII meurt peu après.

La souveraineté · Jean Bodin, Les Six livres de la République, 1576

Bodin écrit que « la souveraineté est la puissance absolue et perpétuelle d'une République ». Elle est absolue, car elle ne dépend d'aucune autre autorité humaine, et perpétuelle, car elle n'est pas confiée pour un temps limité. Le mot République désigne ici l'État. Bodin ajoute en outre que cette puissance est indivisible et que sa première marque est le pouvoir de faire la loi.

Le retour à la nation · Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, 26 août 1789, art. 3

L'article 3 énonce que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation » et que « nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément ». La souveraineté, que les rois avaient conquise contre leurs adversaires, passe alors de la personne du roi à la nation. Tu peux le citer en dernière phrase d'une dissertation sur la monarchie absolue.

Un exemple de commentaire de document corrigé : Ulpien, Digeste 1, 4, 1

Ce texte explique le pouvoir de l'empereur romain. Il contient aussi la formule que les légistes reprendront au Moyen Âge.

Document. « Quod principi placuit, legis habet vigorem: utpote cum lege regia, quae de imperio eius lata est, populus ei et in eum omne suum imperium et potestatem conferat. » (Ulpien, Institutes, livre 1, repris dans le Digeste, 1, 4, 1, début du texte.) Dans une traduction libre, ce qui a plu au prince a force de loi, puisque, par la loi royale portée sur son pouvoir, le peuple lui confère, à lui et en sa personne, tout son pouvoir et toute sa puissance.

Introduction. Pour affirmer que le roi de France ne reconnaît aucun supérieur, les légistes du Moyen Âge empruntent une phrase au droit romain, « Quod principi placuit legis habet vigorem ». Cette phrase ouvre le titre du Digeste consacré aux constitutions des princes. Ulpien, un juriste romain du début du IIIe siècle, l'écrit dans un manuel intitulé Institutes. Justinien la place ensuite en 533 dans le Digeste, la grande compilation de textes de juristes qu'il fait réunir. Sous la dynastie des Sévères, l'empereur s'appuie sur l'armée et sur les finances, tout en gardant les formes du Principat. Le texte soulève donc une difficulté. Il affirme d'abord que la volonté du prince fait la loi, mais il explique ensuite que le prince tient cette puissance du peuple, qui la lui aurait confiée par une loi. Justifie-t-il un pouvoir absolu du prince, ou un pouvoir que le peuple lui délègue ? Ulpien pose d'abord la règle selon laquelle la volonté du prince fait la loi (I), puis il la fonde sur une délégation du peuple dont la postérité n'a retenu qu'une partie (II).

I. La volonté du prince, source du droit.

A. Une règle générale. La phrase donne à la volonté du prince la même force qu'à la loi votée. Le paragraphe suivant du Digeste précise en effet ce que cela recouvre. Tout ce que l'empereur règle par une lettre et une souscription, c'est-à-dire par une réponse écrite à une question de droit, tout ce qu'il décide en jugeant et tout ce qu'il ordonne par un édit est une loi. Ulpien appelle ces actes des constitutions.

B. Des constitutions qui deviennent la source principale du droit. À partir du Principat, ces constitutions prennent peu à peu la place des lois que votaient les comices. Le Code de Justinien, publié en 529 puis révisé en 534, réunit les constitutions des empereurs, alors que le Digeste rassemble les écrits des jurisconsultes. Le texte d'Ulpien explique donc pourquoi le droit romain de l'Empire se fait par la volonté de l'empereur au lieu de se faire par le vote du peuple.

II. Un pouvoir qui vient du peuple, mais dont l'origine est oubliée.

A. La loi royale, une délégation du peuple. Ulpien justifie la règle par la lex regia, une loi qui aurait confié au prince « tout son pouvoir et toute sa puissance ». En théorie, l'empereur tient donc son autorité du peuple romain, comme les magistrats de la République, et il l'exerce à sa place. On conserve par exemple la loi qui détaille les pouvoirs conférés à l'empereur Vespasien en 69 ou 70. Dans les faits, le pouvoir de l'empereur repose d'abord sur l'armée et sur les finances, ce qui donne à cette délégation du peuple un caractère largement théorique.

B. Une formule reprise sans la délégation du peuple. Au Moyen Âge, les légistes du roi de France retrouvent le Digeste, que les juristes de Bologne ont redécouvert. Ils retiennent alors surtout la première moitié de la phrase et la transposent au roi. Loisel en recueillera plus tard une version française, « Qui veut le roi, si veut la loi », dans ses Institutes coutumières de 1607. Pour les légistes, le roi tient son pouvoir de Dieu. Jean Bodin fait ensuite du pouvoir de faire la loi la première marque de la souveraineté, avant que la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 rende la souveraineté à la nation.

Conclusion. Le texte d'Ulpien affirme que la volonté du prince fait la loi, tout en la rattachant à une délégation du peuple. Les légistes français retiennent surtout la première partie pour bâtir la souveraineté du roi, jusqu'à ce que la Déclaration de 1789 place de nouveau la source du pouvoir dans la nation.

Pour t'entraîner, la page sur la méthode du commentaire de texte juridique détaille les étapes d'une introduction. La page des sujets d'histoire du droit corrigés propose un autre commentaire, sur l'ordonnance de Villers-Cotterêts.

Quelles erreurs coûtent le plus de points ?

Cinq confusions font perdre des points en histoire du droit. Tu peux comparer chacune avec ce que ta propre fiche écrit sur le même point.

Faire remonter à Clovis la règle qui écarte les femmes du trône

La loi salique, mise par écrit sous Clovis, règle surtout des compensations pour des crimes et des délits, ainsi que la succession aux terres des familles franques. La masculinité de la couronne date des successions de 1316 et de 1328, décidées pour des raisons politiques. Le moine Richard Lescot remet en avant la loi salique vers 1358, et des juristes l'invoquent ensuite pour justifier cette règle après coup.

Confondre le lien vassalique et le lien seigneurial

L'hommage et la foi relient un vassal à son seigneur, deux guerriers libres, et ils donnent lieu à un fief. Le lien seigneurial relie le seigneur banal aux paysans qui vivent sur son territoire, libres ou serfs, et il repose sur le ban, c'est-à-dire sur le pouvoir de commander. Dans une copie, tu précises donc de quel lien tu parles avant de décrire ses obligations.

Présenter l'absolutisme comme un pouvoir arbitraire

L'absolutisme désigne un pouvoir sans partage dans le gouvernement quotidien, que le roi tient de Dieu. Le despotisme est un pouvoir que seule la volonté du maître gouverne. Le roi absolu garde au contraire des règles au-dessus de lui, puisque les lois fondamentales lui imposent l'ordre de succession et la religion catholique, et que la propriété de ses sujets reste protégée. La phrase « L'État, c'est moi », prêtée à Louis XIV, est apocryphe, c'est-à-dire inventée après coup, car aucune source de l'époque ne prouve qu'il l'ait prononcée. Tu l'écris donc avec la mention « prêtée à Louis XIV ».

Prendre le Parlement de l'Ancien Régime pour une assemblée qui fait la loi

Le Parlement de Paris, né de la cour du roi, la curia regis, au XIIIe siècle, est une cour de justice souveraine. Il juge en effet en dernier ressort, c'est-à-dire sans appel possible, et enregistre les ordonnances du roi, avec un droit de remontrance. Les États généraux représentent les trois ordres et consentent à l'impôt sans faire la loi. Quand ton énoncé parle des parlements avant 1789, il s'agit de magistrats qui jugent.

Écrire que Rome disparaît en 476

En 476, Odoacre dépose Romulus Augustule, et l'Empire romain d'Occident prend fin. L'Empire d'Orient continue pourtant jusqu'en 1453, et Justinien règne à Constantinople quand il fait réunir le droit romain de 529 à 534. En Occident, le droit romain survit dans le droit romain vulgaire, une version simplifiée que les Gallo-Romains continuent d'appliquer, avant sa redécouverte à Bologne.

Dans quel ordre réviser l'histoire du droit ?

La matière suit l'histoire de l'État, et ta révision suit donc le même ordre. Je te conseille de commencer par les notions du chapitre 1, qui reviennent dans chaque période. Elles définissent l'institution et l'État, puis distinguent le pouvoir de fait du pouvoir légitime avant d'arriver à la souveraineté. Tu apprends ensuite Rome, puis l'époque franque. Pour chaque période, tu notes qui détient le pouvoir et comment le droit se fait, et le tableau « Qui fait le droit à chaque époque ? » te sert de support. La féodalité et l'Église forment un seul bloc, car l'Église fournit le droit canonique et le ius commune, dont les juristes du roi se serviront ensuite. Tu termines par la reconstruction de l'État et par la monarchie absolue, puis tu relis le tableau des trois adversaires du roi.

Quand tu as vu les cinq périodes, tu t'entraînes sur un commentaire de document, comme celui d'Ulpien ci-dessus, parce que le correcteur attend d'abord la nature et la date du document, puis son analyse. Pour répartir ton travail sur plusieurs semaines, la page sur la méthode de révision de l'histoire du droit détaille la méthode. Au second semestre, la fiche de révision d'histoire des institutions L1 prolonge ce programme de 1789 à 1958.

Questions sur la fiche de révision d'histoire du droit L1

Que faut-il réviser en histoire du droit en L1 ?

La fiche complète suit vingt chapitres, que cette page regroupe en une introduction et cinq périodes, de la Rome royale aux critiques contre la monarchie absolue en 1789. Pour chaque période, tu retiens qui détient le pouvoir et comment le droit se fait, puis tu apprends les textes qui l'illustrent. Ton enseignant peut toutefois commencer plus tôt ou s'arrêter avant la monarchie absolue, donc tu compares cette liste avec le plan de ton cours.

Quelle différence entre l'histoire du droit et l'histoire des institutions ?

L'histoire du droit étudie comment les règles se sont formées, par exemple par la loi ou par la coutume. L'histoire des institutions étudie les organes qui exercent le pouvoir, comme le roi, les parlements ou les assemblées. Les deux matières se recoupent, et le premier chapitre de la fiche d'histoire du droit L1 S1 présente d'ailleurs la notion d'institution. Dans ce programme, le premier semestre va de Rome à 1789, et la fiche d'histoire des institutions L1 S2 va de la Révolution à 1958. Ton enseignant peut toutefois répartir ces périodes autrement.

Pourquoi cite-t-on la loi salique à propos de la succession au trône ?

La loi salique, un très ancien texte des Francs, a été invoquée après coup par des juristes pour justifier la règle de masculinité de la couronne. À la mort de Louis X en 1316, puis à celle de Charles IV en 1328, les grands seigneurs du royaume écartent les femmes du trône pour des raisons politiques. En 1328, ils préfèrent Philippe de Valois à Édouard III, roi d'Angleterre et petit-fils de Philippe le Bel par sa mère. Le moine Richard Lescot remet en avant la loi salique vers 1358, et des juristes l'invoquent ensuite, notamment Jean de Montreuil vers 1410-1413.

Quelle différence entre suzeraineté, vassalité et souveraineté ?

La vassalité est le lien personnel qui unit un vassal à son seigneur par l'hommage et la foi. La suzeraineté désigne la position d'un seigneur dont relèvent d'autres seigneurs, et le roi est d'abord le suzerain suprême, c'est-à-dire le seigneur dont tous les autres dépendent en théorie. La souveraineté est le pouvoir suprême, celui de commander à tous les habitants du royaume et de rester le plus haut pouvoir dans l'ordre temporel, y compris face à l'empereur et au pape. Le passage de la suzeraineté à la souveraineté commence avec Philippe Auguste et la commise.

Existe-t-il une fiche PDF d'histoire du droit pour la L1 ?

La fiche complète d'histoire du droit L1 S1 compte 136 pages et coûte 14,99 €. Elle est vendue seule ou dans le Pack Licence 1, qui réunit huit fiches de première année pour 87 €, soit moins de 11 € par fiche. Le cours complet, qui développe chaque chapitre, coûte en revanche 19,99 €, car il développe chaque chapitre au lieu de le résumer. La page de la matière présente ce programme, et le catalogue des formations réunit toutes les fiches.
Julien, professeur de droit

Julien

Professeur de droit · Master II Panthéon-Assas

Major puis vice-major de promo, #1 prof de droit sur Superprof avec 164 avis 5/5. J'aide les étudiants en droit à passer de la moyenne à la mention, avec une méthode qu'ils réutilisent ensuite seuls à chaque copie. Sur TrajectoireDroit, tu trouves mes fiches complètes et mes majeures préparées (les règles de droit déjà rédigées pour tes cas pratiques).

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