La capacité juridique des mineurs, ce qu'il faut savoir

Le mineur a la capacité de jouissance dès sa naissance. Il peut donc hériter ou recevoir une donation. Sa capacité d'exercice reste limitée, réservée aux actes courants de la vie quotidienne. L'article 1146 du Code civil le déclare incapable de contracter, et ce sont ses parents ou son tuteur qui agissent à sa place jusqu'à ses 18 ans, sauf émancipation.

Le mot capacité ne veut pas dire la même chose en droit et dans la vie courante. Un mineur de dix ans comprend très bien ce qu'est un contrat de vente. La loi ne lui reconnaît pourtant pas le pouvoir de le signer seul, et c'est cette différence entre comprendre et pouvoir agir qui structure toute la matière des incapacités.

Je suis Julien, professeur de droit, et cette distinction entre les deux capacités revient dans la quasi-totalité des cas pratiques de droit des personnes que je corrige avec mes élèves de L1. Dans cette fiche, tu vas voir les deux capacités du droit civil, les actes que tu peux faire seul, ceux qui demandent une autorisation, et la sanction que tu risques si la règle n'est pas respectée.

Quelle est la différence entre capacité de jouissance et capacité d'exercice ?

La capacité de jouissance, c'est être titulaire d'un droit. La capacité d'exercice, c'est pouvoir l'exercer soi-même, et le mineur n'a pleinement que la première.

La capacité de jouissance appartient à toute personne dès sa naissance, y compris à un nouveau-né. Un bébé peut hériter de son grand-père, recevoir une donation ou devenir titulaire de parts dans une entreprise familiale. Tu la gardes toute ta vie, sans exception, à partir du moment où tu nais vivant et viable.

La capacité d'exercice est le pouvoir de mettre ces droits en œuvre toi-même, sans représentant. Un nouveau-né en est totalement dépourvu. Il ne peut rien faire seul de ce qui engage sa vie civile, à savoir signer un bail, vendre un bien ou se présenter devant un juge. Ce sont ses parents qui agissent en son nom, jusqu'à ce qu'il gagne, avec l'âge, le pouvoir d'agir seul.

Le mineur non émancipé garde sa capacité de jouissance intacte tout au long de sa minorité. La loi limite seulement sa capacité d'exercice, condition par condition, et c'est cette limite que tu dois maîtriser pour répondre à un cas pratique sur le sujet.

Un mineur peut-il signer un contrat ?

Le mineur non émancipé ne peut pas signer seul un contrat important. L'article 1146 du Code civil le déclare incapable de contracter, sauf pour les actes courants de la vie quotidienne.

Cette incapacité vise tous les actes qui engagent ton patrimoine ou ta personne, à savoir un abonnement téléphonique, un crédit à la consommation ou la vente d'un bien qui t'appartient. Sans représentant, ces actes ne peuvent pas exister valablement.

Le mineur garde pourtant le droit de faire seul les actes courants de la vie quotidienne, à condition normale de prix et d'usage. C'est l'article 1148 du Code civil qui pose cette exception. Si tu as quinze ans, tu peux acheter un sandwich, prendre le métro ou payer une place de cinéma sans que personne ne conteste ces achats. La limite apparaît vite. Tu ne peux pas signer seul un contrat de téléphone portable sur 24 mois, parce que cet engagement dépasse le cadre d'un acte courant.

Qui décide à la place du mineur pour ses biens ?

Tes parents administrent librement ton patrimoine pour les actes courants, mais un juge des tutelles autorise les actes les plus graves.

L'ordonnance du 15 octobre 2015 a unifié l'administration légale des biens du mineur, aux articles 382 et suivants du Code civil. Tes parents, ou le parent qui exerce seul l'autorité parentale, gèrent librement ton patrimoine pour les actes courants, à savoir encaisser une bourse, payer une facture ou gérer un livret d'épargne.

Pour un acte grave, l'autorisation du juge des tutelles devient obligatoire, en application de l'article 387-1 du Code civil. Vendre un appartement hérité, emprunter en ton nom ou renoncer à une succession font partie de ces actes. Le juge protège ainsi ton patrimoine contre une décision qui l'appauvrirait durablement. Un parent qui passe un tel acte sans autorisation s'expose à une sanction, celle que tu retrouves plus bas dans cette fiche.

Un cas particulier mérite d'être connu pour le cas pratique. Quand un parent achète un bien qui t'appartient, il vend le bien et l'achète en même temps, une double casquette qui crée un conflit d'intérêts. Le juge désigne alors un administrateur ad hoc, une personne neutre chargée de te représenter pour cet acte précis, à la place du parent concerné.

Que se passe-t-il si le mineur agit seul sans autorisation ?

Deux sanctions existent, la nullité relative pour l'irrégularité de l'acte, et la rescision pour lésion, propre au mineur qui a subi un préjudice.

La première sanction est la nullité relative, prévue par l'article 1147 du Code civil. Elle frappe l'acte que tu ne pouvais pas passer seul, un crédit signé sans tes parents par exemple. Seul toi, une fois majeur, ou ton représentant légal pendant ta minorité, peut demander cette nullité. Le cocontractant, lui, ne peut en principe pas s'en prévaloir, parce que la règle protège le mineur et non l'autre partie au contrat. L'action se prescrit par cinq ans à partir de ta majorité, et tu peux aussi confirmer l'acte toi-même une fois majeur si tu souhaites le maintenir.

La seconde sanction, propre au mineur, s'appelle la rescision pour lésion. Elle sanctionne le préjudice que l'acte t'a causé, sans exiger la preuve d'une autre irrégularité. Même un acte courant, que tu pouvais valablement passer seul, peut être annulé s'il t'a causé un préjudice manifeste, en application de l'article 1149 du Code civil. Acheter une console de jeu à un prix largement supérieur à sa valeur réelle peut ainsi être annulé pour lésion, alors même qu'acheter une console reste un acte courant permis à un adolescent.

Comment un mineur devient-il capable avant ses 18 ans ?

La majorité arrive à 18 ans, mais l'émancipation permet à un mineur d'obtenir une capacité presque complète dès 16 ans.

L'article 414 du Code civil fixe la majorité à 18 ans depuis la loi du 5 juillet 1974. À cet âge, tu deviens capable d'exercer tous les droits dont tu es déjà titulaire. Tu peux alors signer un bail, ouvrir un compte bancaire à ton nom ou emprunter, sans que personne n'ait plus besoin de donner son accord.

L'émancipation ouvre un raccourci vers cette pleine capacité. Elle s'obtient de deux façons. Le mariage d'un mineur l'émancipe automatiquement, mais ce mariage suppose déjà une dispense d'âge accordée par le procureur de la République, ce qui le rend rare en pratique. Le juge des tutelles peut aussi la prononcer à partir de 16 ans révolus, à la demande des parents et pour des motifs sérieux, par exemple un mineur qui doit gérer seul une activité professionnelle.

L'article 413-6 du Code civil pose l'effet principal. Le mineur émancipé devient capable, comme un majeur, pour tous les actes de la vie civile. Deux limites subsistent malgré tout. Sur le plan politique, tu restes mineur. Tu ne votes pas et tu ne te présentes à aucune élection. Il faut aussi l'accord de tes parents pour te marier ou pour consentir à ton adoption. Une fois prononcée, l'émancipation ne peut jamais être retirée.

Un exemple pour fixer les idées

On applique la règle à une situation simple, celle qui tombe le plus souvent en cas pratique sur ce sujet.

L'énoncé. Lisa a seize ans. Sans en parler à ses parents, elle achète en ligne un ordinateur portable à 1400 euros, payé avec la carte bancaire que ses parents lui ont donnée pour ses dépenses courantes. Ses parents peuvent-ils faire annuler cet achat ?

La qualification

Lisa a seize ans, elle est donc mineure non émancipée. Elle a passé seule un contrat de vente pour un montant important, sans l'accord de ses parents.

La majeure

L'article 1146 du Code civil déclare le mineur non émancipé incapable de contracter. L'article 1148 autorise seulement les actes courants, conclus à des conditions normales. Un achat de 1400 euros ne relève pas d'une dépense courante pour une adolescente de seize ans, même payé avec une carte bancaire fournie par ses parents. L'acte reste donc soumis à l'incapacité de l'article 1146.

La mineure et la conclusion

En l'espèce, Lisa a passé seule un achat qui dépasse largement le cadre d'un acte courant. Elle n'avait pas la capacité de contracter cet achat sans ses parents. La carte bancaire remise pour ses dépenses courantes ne vaut pas autorisation pour un achat de cette ampleur. L'acte encourt donc la nullité relative de l'article 1147 du Code civil. Seuls Lisa, une fois majeure, ou ses parents pendant sa minorité, peuvent demander cette nullité au vendeur, dans un délai de cinq ans.

Les erreurs classiques à éviter

Confondre les deux capacités

Tu gardes toujours ta capacité de jouissance depuis ta naissance. C'est ta capacité d'exercice que la loi limite, et mélanger les deux te fait perdre presque tous les points d'une question de cas pratique.

Croire que tout achat d'un mineur est nul

Les actes courants, conclus à prix normal, restent valables. Seuls les actes qui dépassent ce cadre demandent l'accord de tes parents ou du juge des tutelles.

Oublier la rescision pour lésion

Un acte courant, valable en apparence, peut quand même être annulé s'il t'a causé un préjudice excessif, sans qu'il faille prouver une autre irrégularité.

Croire que l'émancipation donne tous les droits d'un majeur

Le mineur émancipé reste mineur pour le vote et les élections. Il a aussi besoin de l'accord de ses parents pour se marier ou pour consentir à son adoption.

Ignorer le rôle du juge des tutelles pour les actes graves

Vendre un bien important, emprunter ou renoncer à une succession au nom d'un mineur demande une autorisation du juge, même quand tes deux parents sont d'accord entre eux.

Oublier le délai de prescription de la nullité

L'action en nullité relative se prescrit par cinq ans à partir de ta majorité ou de la levée de la mesure de protection, et non à partir de la date de l'acte lui-même.

Questions fréquentes sur la capacité juridique des mineurs

Qu'est-ce que la capacité juridique d'un mineur ?
C'est la question de savoir si un mineur peut exercer seul ses droits. Il garde sa capacité de jouissance depuis sa naissance, donc il peut être titulaire de droits, hériter par exemple. Il n'a pas la pleine capacité d'exercice avant sa majorité, donc il ne peut pas signer seul les actes importants. Cette limite s'appelle une incapacité de protection, organisée par les articles 414 et 1146 du Code civil.
Un mineur peut-il signer un contrat ?
L'article 1146 du Code civil déclare le mineur non émancipé incapable de contracter. Il peut cependant conclure seul les actes courants de la vie quotidienne à des conditions normales, par exemple un abonnement de transport ou un achat en magasin, en application de l'article 1148. Pour un acte important, comme un crédit ou la vente d'un bien, ses parents doivent agir à sa place ou l'autoriser.
Que se passe-t-il si un mineur signe un acte sans autorisation ?
L'acte est frappé de nullité relative, prévue par l'article 1147 du Code civil. Seul le mineur, devenu majeur, ou son représentant légal peut demander cette nullité, dans un délai de cinq ans. Pour les actes courants, le mineur dispose en plus de la rescision pour lésion, qui permet d'annuler l'acte s'il lui a causé un préjudice excessif, même sans autre irrégularité.
À partir de quel âge un mineur devient-il capable ?
En principe à 18 ans, l'âge de la majorité fixé par l'article 414 du Code civil depuis la loi du 5 juillet 1974. Un mineur peut obtenir la pleine capacité avant cet âge par l'émancipation, de plein droit en cas de mariage, ou sur décision du juge des tutelles à partir de 16 ans révolus si des motifs sérieux le justifient.
Quelle est la différence entre capacité de jouissance et capacité d'exercice ?
La capacité de jouissance, c'est le fait d'être titulaire d'un droit, elle appartient à toute personne dès sa naissance. La capacité d'exercice, c'est le pouvoir de mettre ce droit en œuvre soi-même, en signant, en vendant ou en agissant en justice. Un mineur a la première dès le premier jour, il n'obtient la seconde en entier qu'à sa majorité ou par émancipation.

Le droit des personnes ne s'arrête pas là.

Les fiches complètes reprennent tout le thème des incapacités, la protection des majeurs comprise, avec les arrêts et la méthode du cas pratique. Et en cours particulier, je corrige tes copies un par un avec toi.

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