Action publique et action civile, la différence

Une infraction ouvre deux actions en justice, distinctes mais souvent menées ensemble. L'action publique vise à punir l'auteur au nom de la société, et elle appartient au ministère public, c'est-à-dire au procureur. L'action civile vise à réparer le préjudice de la victime, et elle appartient à la victime elle-même. L'action publique demande donc une peine, l'action civile des dommages et intérêts, et la victime peut porter les deux devant le même juge pénal.

Un cas pratique de procédure pénale commence souvent par une question que l'énoncé ne pose jamais clairement. Prenons par exemple un vol. La victime veut être indemnisée, et l'auteur doit répondre de son acte devant la justice. Deux actions distinctes naissent alors du même fait, et tu dois savoir laquelle tu traites dès l'introduction de ta copie, car chacune suit ses propres règles.

Les deux actions se ressemblent au premier regard, puisqu'elles naissent de la même infraction et peuvent être jugées par le même tribunal. Leur but est pourtant différent.

Chacune a en outre son propre titulaire, c'est-à-dire la personne qui peut l'exercer, et ses propres causes d'extinction.

En procédure pénale L3, presque tous les sujets commencent par cette distinction. Si tu la maîtrises, tu sais donc tout de suite qui agit et devant quel juge, mais aussi ce que la victime peut obtenir.

Le critère qui les sépare, punir ou réparer

L'action publique et l'action civile naissent toutes les deux d'une infraction, mais leur résultat diffère. L'action publique cherche à faire condamner l'auteur à une peine, au nom de la société tout entière que l'infraction a troublée. Elle est fondée sur l'article 1er du code de procédure pénale, qui la confie au ministère public.

L'action civile cherche à faire réparer le préjudice réellement subi par une personne précise, la victime. Elle est fondée sur l'article 2 du code de procédure pénale, qui la réserve à celui qui a personnellement souffert du dommage directement causé par l'infraction.

La peine sanctionne l'auteur, alors que les dommages et intérêts indemnisent la victime. L'auteur peut donc recevoir une peine et devoir en plus des dommages et intérêts, car l'un ne remplace pas l'autre.

Ce critère du but te sert dans tout cas pratique de procédure pénale. Tu commences par te demander qui agit et ce qu'il réclame. Ainsi, s'il réclame une peine au nom de l'intérêt général, il s'agit de l'action publique. En revanche, s'il réclame une indemnisation au profit d'une victime nommée, il s'agit de l'action civile.

L'action publique, punir au nom de la société

L'action publique appartient d'abord au ministère public, c'est-à-dire au procureur de la République et aux magistrats du parquet. L'article 1er du code de procédure pénale en fait son titulaire naturel, car l'infraction trouble l'ordre de toute la société, au-delà de la seule victime.

Le même article prévoit que la partie lésée peut elle aussi mettre en mouvement l'action publique, dans les conditions fixées par la loi, par exemple en déposant une plainte avec constitution de partie civile, c'est-à-dire une plainte par laquelle la victime demande à participer au procès pour être indemnisée.

Quand il reçoit une plainte, le procureur choisit librement de poursuivre l'auteur ou non. C'est le principe de l'opportunité des poursuites, posé par l'article 40 du code de procédure pénale.

Il peut engager des poursuites ou classer l'affaire sans suite. Entre les deux, il peut aussi choisir une alternative aux poursuites, comme la composition pénale, où l'auteur accepte une sanction proposée par le procureur, par exemple une amende, pour éviter le procès. L'avertissement pénal probatoire en fait aussi partie, et il a remplacé le rappel à la loi depuis la loi du 22 décembre 2021. Enfin, le classement sans suite reste une décision provisoire, et le procureur peut revenir dessus tant que l'action publique n'est pas éteinte.

L'action publique s'éteint par plusieurs causes prévues à l'article 6 du code, à savoir le décès du prévenu, l'amnistie, c'est-à-dire une loi qui efface l'infraction, l'abrogation de la loi pénale ou l'autorité de la chose jugée. Elle s'éteint surtout par la prescription, c'est-à-dire l'écoulement du temps depuis l'infraction.

Depuis la loi du 27 février 2017, ce délai est d'un an pour une contravention, six ans pour un délit et vingt ans pour un crime, sauf régimes particuliers comme l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité.

L'action civile, réparer le préjudice de la victime

L'action civile appartient à la victime de l'infraction, c'est-à-dire à la personne qui a personnellement souffert d'un dommage. L'article 2 du code de procédure pénale fixe trois conditions pour que le juge accepte de l'examiner, et tu les retrouveras dans chaque cas pratique.

D'abord, le préjudice doit être personnel, c'est-à-dire subi par la victime elle-même. Ensuite, il doit être direct, donc causé immédiatement par l'infraction, sans une longue chaîne d'événements entre les deux. Enfin, il doit être certain, c'est-à-dire réel et prouvé, alors qu'un préjudice seulement possible dans l'avenir ne suffit pas.

La première personne qui peut agir est la victime directe, celle que l'infraction a touchée elle-même. Le droit reconnaît aussi les victimes par ricochet, c'est-à-dire les proches qui souffrent d'un préjudice moral propre quand un être cher est tué ou gravement blessé. Enfin, les héritiers reçoivent, avec la succession, le droit à réparation que le défunt aurait pu exercer pour son propre préjudice.

Certains syndicats et associations habilités par la loi peuvent aussi agir, mais seulement pour défendre une cause précise, comme la lutte contre le racisme ou les violences faites aux femmes.

L'action civile a une double nature, qui explique ses règles. D'un côté, son objet est civil, car elle vise à réparer un dommage, comme une action portée devant le juge civil.

De l'autre, elle naît d'une infraction, ce qui permet à la victime de la porter directement devant le juge pénal, aux côtés de l'action publique, plutôt que de saisir un second tribunal.

La victime peut déclencher elle-même l'action publique

La victime peut rejoindre un procès déjà ouvert par le parquet, mais elle peut aussi en ouvrir un elle-même.

Quand le procureur reste inactif, elle peut prendre l'initiative et déclencher elle-même l'action publique, par une plainte avec constitution de partie civile devant le juge d'instruction ou par une citation directe, c'est-à-dire en convoquant elle-même l'auteur devant le tribunal correctionnel.

La chambre criminelle a reconnu ce pouvoir dans l'arrêt Laurent-Atthalin du 8 décembre 1906. D'après cet arrêt, la plainte avec constitution de partie civile met à elle seule l'action publique en mouvement, sans l'accord du parquet. Elle oblige donc le juge d'instruction à ouvrir une information, c'est-à-dire une enquête menée par ce juge.

On parle alors de constitution de partie civile par voie d'action. Dans la constitution par voie d'intervention, au contraire, le parquet a déjà engagé l'action publique, et la victime se joint seulement au procès.

La victime garde aussi un choix de voie, comparable à celui que je détaille pour la différence entre droit civil et droit pénal.

Elle peut porter son action civile devant le juge pénal, en même temps que l'action publique, ou devant le juge civil, dans un procès ordinaire en responsabilité.

Si elle choisit le juge civil, la règle electa una via, c'est-à-dire « une fois une voie choisie », l'empêche en principe de revenir ensuite au juge pénal pour la même demande. Ce blocage joue dans un seul sens, car la victime qui a d'abord agi au pénal peut toujours aller ensuite au civil.

Le tableau récapitulatif

Le tableau compare les deux actions sur les points qui reviennent le plus souvent en cas pratique.

Action publique Action civile
Titulaire Le ministère public, et la victime en cas d'inaction du parquet La victime qui a personnellement souffert du dommage
Fondement légal Article 1er du code de procédure pénale Article 2 du code de procédure pénale
Ce qu'elle réclame Une peine contre l'auteur de l'infraction Des dommages et intérêts
Bénéficiaire L'intérêt général, la société L'intérêt privé de la victime
Comment elle se déclenche Réquisitoire introductif, citation directe, convocation en justice Constitution de partie civile, par voie d'action ou par voie d'intervention
Comment elle s'éteint Décès du prévenu, amnistie, chose jugée, prescription (1, 6 ou 20 ans) Renonciation de la victime, ou extinction de l'action publique dont elle dépend au pénal
Juge compétent Les seules juridictions répressives Juridiction pénale (en option) ou juridiction civile

Ce tableau reprend les grandes lignes. Chaque notion connaît des exceptions, détaillées dans les sections ci-dessus et dans ma fiche de procédure pénale L3.

Un exemple concret pour voir les deux actions travailler ensemble

Une même affaire déclenche souvent les deux actions, y compris quand le parquet décide d'abord de ne pas poursuivre.

La situation. Un cambrioleur s'introduit chez un particulier pendant son absence et emporte plusieurs objets de valeur. En rentrant, le propriétaire découvre le vol et porte plainte au commissariat. Mais le parquet classe d'abord l'affaire sans suite, faute d'avoir identifié rapidement un suspect. Six mois plus tard, le propriétaire réunit de nouveaux éléments et décide d'agir lui-même.

Le classement sans suite du procureur restait une décision provisoire, qui laissait l'affaire ouverte. Malgré l'inaction du parquet, le propriétaire dépose donc une plainte avec constitution de partie civile devant le juge d'instruction.

Cette plainte met à elle seule l'action publique en mouvement, sur le fondement de l'arrêt Laurent-Atthalin de 1906, et oblige le juge d'instruction à ouvrir une information, même si le procureur n'en voulait pas.

Le propriétaire poursuit en même temps son action civile, en réclamant la valeur des objets volés. Son préjudice réunit les trois conditions de l'article 2 du code de procédure pénale.

D'abord, il est personnel, puisque le vol touche son propre patrimoine. Ensuite, il est direct, car c'est le vol lui-même qui l'a causé. Enfin, il est certain, puisque le propriétaire peut chiffrer sa perte avec des factures. Le tribunal qui jugera l'auteur du vol fixera donc, dans la même décision, la peine pour le vol et les dommages et intérêts dus au propriétaire.

La méthode du cas pratique en droit te montre comment rédiger ce raisonnement, en partant de la règle, puis en l'appliquant aux faits avant de conclure. Ma fiche de procédure pénale L3 reprend ensuite chaque grande étape du procès pénal, de l'enquête au jugement. Enfin, quand l'enquête débouche sur une interpellation, le suspect passe souvent d'abord en garde à vue, et j'en détaille la durée et les droits dans un article à part.

Les erreurs fréquentes en cas pratique

Le classement sans suite laisse l'affaire ouverte

Le classement reste provisoire, et le procureur peut revenir dessus. La victime peut donc se constituer partie civile par voie d'action pour obliger le juge d'instruction à ouvrir une information, comme l'a admis l'arrêt Laurent-Atthalin de 1906.

La mort de l'auteur laisse subsister l'action civile

Le décès du prévenu éteint l'action publique, d'après l'article 6 du code de procédure pénale. L'action civile peut en revanche continuer contre ses héritiers, car la dette de réparation passe à ses héritiers avec le reste de sa succession.

Devant le juge pénal, le délai de l'action publique

Quand la victime la porte devant le juge pénal, l'action civile suit le même délai de prescription que l'action publique, selon l'article 10 du code de procédure pénale. Les délais du code civil jouent donc seulement devant le juge civil.

Voie d'action ou voie d'intervention

La voie d'intervention s'ajoute à des poursuites déjà engagées par le parquet. La voie d'action, elle, déclenche les poursuites quand le procureur reste inactif. Il faut donc toujours vérifier si le parquet a déjà agi avant de qualifier la voie dans ton cas pratique.

Penser à la règle electa una via

Une fois la voie civile choisie, la victime ne peut en principe plus porter la même demande devant le juge pénal, selon l'article 5 du code de procédure pénale, sauf si elle ignorait l'infraction ou si le juge civil s'est déclaré incompétent.

Les conditions pour qu'une association agisse

Une personne morale, comme une association, doit avoir personnellement souffert de l'infraction. Elle peut aussi agir quand une loi l'y autorise spécialement (articles 2-1 et suivants du code de procédure pénale). Les syndicats, eux, ont une autorisation générale pour défendre l'intérêt collectif de leur profession.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre l'action publique et l'action civile ?

L'action publique est l'action exercée au nom de la société pour faire punir l'auteur d'une infraction. Elle appartient au ministère public, c'est-à-dire au procureur, sur le fondement de l'article 1er du code de procédure pénale. En revanche, l'action civile est l'action en réparation du dommage causé par l'infraction. Elle appartient à la victime qui l'a personnellement subi, sur le fondement de l'article 2 du même code. L'action publique réclame donc une peine, alors que l'action civile réclame des dommages et intérêts.

Est-ce que la victime peut déclencher elle-même l'action publique ?

Oui, si le procureur reste inactif ou classe l'affaire sans suite. La victime peut déposer une plainte avec constitution de partie civile devant le juge d'instruction, ou recourir à la citation directe, c'est-à-dire convoquer elle-même l'auteur devant le tribunal correctionnel. Depuis l'arrêt Laurent-Atthalin du 8 décembre 1906, cette plainte met à elle seule l'action publique en mouvement, sans l'accord du parquet.

L'action civile suit-elle la même prescription que l'action publique ?

Cela dépend du juge saisi. Devant le juge pénal, l'action civile se prescrit dans le même délai que l'action publique, selon l'article 10 du code de procédure pénale. Devant le juge civil, elle suit les règles du code civil, en principe cinq ans à compter du jour où la victime a connu le dommage, ou dix ans en cas de dommage corporel.

La victime peut-elle changer de voie après avoir choisi le juge civil ?

En principe non. La règle electa una via, c'est-à-dire « une fois une voie choisie », posée par l'article 5 du code de procédure pénale, interdit à la victime qui a saisi le juge civil de porter ensuite la même demande devant le juge pénal. Elle peut pourtant changer de voie dans deux cas, si elle ignorait l'existence de l'infraction au moment de saisir le juge civil, ou si ce juge s'est déclaré incompétent. Le chemin inverse, du pénal vers le civil, reste toujours possible.

La fiche de procédure pénale L3, pour maîtriser tout le déclenchement des poursuites.

Ma fiche de procédure pénale L3 reprend l'action publique et l'action civile en détail, avec chaque grand arrêt et chaque article. Chaque explication se comprend dès la première lecture, et tu la réutilises dans ton prochain cas pratique.

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