Dissertation corrigée sur le réalisme et le libéralisme

Le 24 février 2022, la Russie envahit l'Ukraine. Un spécialiste réaliste y voit une grande puissance qui réagit à une menace sur ses frontières. Un spécialiste libéral y voit au contraire une agression qui viole le droit international et les règles de la coopération entre États. Ce sujet de relations internationales porte sur cet écart, puisque le même fait reçoit deux lectures opposées. La dissertation est traitée ici comme en examen, du décorticage des termes jusqu'au plan entièrement rédigé.

Une dissertation de relations internationales suit la même méthode que toute dissertation juridique. En effet, tu réponds à une problématique par un plan en deux parties, chacune divisée en deux sous-parties, et chaque sous-partie s'appuie sur un auteur, une date et un concept précis. La difficulté propre à cette matière vient de ce que tu manies des théories plutôt que des articles de code. Ton correcteur attend donc que tu maîtrises le vocabulaire de chaque école de pensée, bien au-delà d'une opinion personnelle sur qui a raison.

« Réalisme et libéralisme, deux lectures concurrentes de la société internationale » tombe souvent en L1. Ces deux théories organisent en effet presque tous les commentaires d'actualité internationale que tu liras pendant tes études. Pour bien répondre, tu montres d'abord que les deux écoles partent du même constat, puisqu'aucune autorité n'est supérieure aux États. Tu montres ensuite qu'elles en tirent des conclusions très différentes. Elles s'opposent notamment sur les causes de la guerre et sur les chances de la coopération, mais aussi sur le rôle des institutions.

Comme dans toute dissertation juridique, ce plan se construit au brouillon avant la rédaction. Pour revoir cette étape avant de lire l'exemple, tu peux consulter la méthode de la dissertation juridique, expliquée pas à pas sur une page à part.

Un sujet de dissertation de relations internationales corrigé, étape par étape

Le sujet « réalisme et libéralisme, deux lectures concurrentes de la société internationale » est traité ici comme en examen. Le travail commence par le décorticage des termes, où chaque mot du sujet reçoit une définition qui fixe ce qu'il couvre. La problématique vient ensuite. Elle est suivie de l'introduction rédigée en sept étapes, puis du plan détaillé avec la copie complète. Pour t'entraîner sur un autre sujet de la matière, tu peux reprendre cette méthode partie par partie.

Le décorticage du sujet, avant d'écrire la moindre ligne

Avant la première ligne de la copie, le brouillon fixe le sens des mots du sujet. Il en tire ensuite les limites du sujet et la tension qui le traverse.

Les termes du sujet

Le réalisme et le libéralisme désignent ici les deux grandes théories des relations internationales. Il faut donc bien les distinguer des doctrines économiques ou philosophiques qui portent le même nom. Le réalisme place au centre des relations internationales l'État, la puissance et l'intérêt national. Le libéralisme compte au contraire sur la coopération, le commerce et les institutions pour dépasser l'anarchie entre États, c'est-à-dire l'absence d'autorité au-dessus d'eux. La société internationale désigne le milieu où se nouent ces rapports, un milieu décentralisé, sans pouvoir supérieur aux États. Enfin, deux lectures concurrentes signifie que ces théories répondent à la même question, celle de savoir pourquoi les États se comportent comme ils le font, avec des explications opposées.

La délimitation

Le sujet porte sur les deux théories fondatrices de la discipline, qui dominent son histoire depuis le milieu du vingtième siècle. Les autres approches, comme le marxisme et le constructivisme, ne font donc pas l'objet d'un développement à part entière. Tu peux toutefois t'en servir en ouverture, pour montrer ce que le face-à-face entre réalisme et libéralisme laisse de côté. Le sujet attend une comparaison des théories appuyée sur des exemples, bien plus qu'un exposé de la politique étrangère d'un seul pays.

La tension du sujet

Réalistes et libéraux partent du même constat, puisqu'aucune autorité ne commande aux États sur la scène internationale. Ils en tirent pourtant deux conclusions opposées. Le réaliste conclut que chaque État doit se méfier de tous les autres et se préparer au conflit. Le libéral conclut au contraire que cette absence d'autorité rend la coopération d'autant plus nécessaire et profitable. Ta copie se construit donc sur cet écart entre un même constat de départ et deux comportements attendus très différents.

L'introduction rédigée en sept étapes

Le correcteur se fait une idée de ta copie dès l'introduction, qui compte pour un tiers de la note. Sur ce sujet, elle se construit en sept étapes.

1. L'accroche

L'accroche amène le sujet, souvent grâce à un fait précis ou à un paradoxe. Ici, le 24 février 2022, la Russie envahit l'Ukraine. Un lecteur réaliste y voit aussitôt une grande puissance qui réagit à l'expansion de l'OTAN vers ses frontières. Un lecteur libéral y voit en revanche une agression unilatérale qui viole le droit international et les règles de la coopération entre États. Ce désaccord immédiat entre spécialistes mène donc directement au sujet.

2. La présentation du sujet et la définition des termes

Chaque théorie doit être définie avec précision. Le réalisme est la théorie selon laquelle les États sont les acteurs principaux de la scène internationale. Ils agissent donc de façon rationnelle et recherchent la puissance et la sécurité, dans un monde anarchique où aucun pouvoir ne leur est supérieur. Le libéralisme, en revanche, est la théorie selon laquelle le commerce, le droit et les institutions internationales rendent la coopération entre États plus profitable que le conflit, malgré cette même anarchie.

3. La délimitation du sujet

Il faut ensuite dire ce que le sujet couvre et ce qu'il exclut. Le sujet vise le face-à-face entre les deux théories fondatrices de la discipline. Le marxisme et le constructivisme contestent l'idée de départ commune à ces deux écoles, et ils ne font donc pas l'objet d'un développement complet. Tu peux seulement les citer en ouverture, pour montrer ce que cette opposition entre deux théories ne suffit pas toujours à expliquer.

4. Le contexte et le rappel historique

Le réalisme s'inscrit dans une longue tradition, de Thucydide à Hobbes. Ensuite, Hans Morgenthau lui donne sa forme moderne dans Politics Among Nations en 1948, puis Kenneth Waltz le rend plus systématique en 1979 avec le néoréalisme, qui explique tout par la structure du système international. Le libéralisme hérite quant à lui du projet de paix perpétuelle d'Emmanuel Kant, en 1795. Il trouve un relais politique avec les quatorze points de Woodrow Wilson après la Première Guerre mondiale, puis Robert Keohane et Joseph Nye le reformulent dans Power and Interdependence en 1977.

5. L'intérêt du sujet

Cette étape montre pourquoi la question mérite d'être posée. Les deux théories servent bien au-delà des amphithéâtres, puisque les commentateurs s'en servent encore pour expliquer les crises internationales. On les retrouve par exemple dans les analyses de la guerre en Ukraine, des tensions commerciales entre grandes puissances ou des blocages au Conseil de sécurité de l'ONU. Quand tu sais les utiliser, tu comprends pourquoi deux experts sérieux peuvent commenter le même événement de façon totalement opposée.

6. La problématique

La problématique est la question à laquelle tout le devoir répond. Ici, « Dans quelle mesure le réalisme et le libéralisme, partis du même constat d'anarchie internationale, aboutissent-ils à deux lectures durablement concurrentes du comportement des États ? » Tu la rédiges avant de construire le plan, à partir de la tension dégagée au brouillon, et les titres de tes deux parties y répondent ensuite.

7. L'annonce de plan

Tu annonces enfin tes deux parties, sans reprendre leurs titres exacts. Ici, « Le réalisme lit la société internationale à travers la puissance et la rivalité entre États (I). Le libéralisme y voit au contraire la possibilité d'une coopération construite par le droit et les institutions (II). »

Tu peux aussi t'entraîner sur tes propres sujets avec un retour personnalisé, en cours particuliers. Pour revoir d'abord la matière, la fiche de relations internationales L1 reprend chaque théorie avec ses repères et ses citations.

Le plan détaillé et la copie rédigée

La première partie expose la lecture réaliste, la seconde la lecture libérale. Chaque sous-partie s'appuie sur un auteur, une date et un concept précis.

I. Le réalisme, une lecture de la société internationale par la puissance

A. Les fondements du réalisme, de Thucydide à Morgenthau. Pour le réaliste, le monde ressemble à une jungle sans gendarme, puisqu'aucune autorité ne protège les États. Chaque État doit donc assurer lui-même sa survie, et la puissance reste sa seule garantie réelle. Cette pensée est d'ailleurs très ancienne. Dès l'Antiquité, Thucydide montre dans le dialogue des Méliens que les rapports entre cités obéissent à la loi du plus fort. Au dix-septième siècle, Thomas Hobbes décrit l'état de nature entre les hommes comme une guerre de tous contre tous, faute d'un pouvoir commun qui ferait régner l'ordre. Or la société internationale ressemble à cet état de nature, puisqu'il lui manque ce même pouvoir supérieur. Dans l'entre-deux-guerres, l'échec de la Société des Nations relance cette lecture contre l'idéalisme de Wilson, qui avait porté cette organisation. Dès 1939, le Britannique E.H. Carr formule la critique décisive dans The Twenty Years' Crisis. Ce texte ouvre ainsi ce que les manuels appellent le premier grand débat entre idéalistes et réalistes. Enfin, l'Américain Hans Morgenthau donne au réalisme sa formulation classique, dans Politics Among Nations en 1948. Sa thèse tient en une formule restée célèbre, « l'intérêt national se définit en termes de puissance ». Autrement dit, les États agissent selon leur intérêt, et cet intérêt se calcule en puissance plutôt qu'en morale. En France, Raymond Aron propose une version plus sociologique de ce réalisme. En effet, il refuse l'idée d'une nature humaine qui déciderait de tout et place la puissance dans une histoire.

B. Le durcissement néoréaliste et le dilemme de sécurité. Une version plus rigoureuse du réalisme succède ensuite à la lecture classique. Dans Theory of International Politics, publié en 1979, Kenneth Waltz explique le comportement des États par la structure du système international. Morgenthau l'expliquait plutôt par une nature humaine avide de puissance. Pour Waltz, l'absence d'autorité supérieure oblige tous les États, bons ou mauvais, à veiller d'abord à leur propre survie. Il en tire alors une analyse de la stabilité selon la façon dont la puissance se répartit. D'après lui, un monde bipolaire, dominé par deux grandes puissances, serait plus stable qu'un monde multipolaire, où les centres de puissance se multiplient. Cette logique produit un mécanisme que John Herz décrit dès 1950, le dilemme de sécurité. Par exemple, un État s'arme pour se rassurer. Ses voisins, inquiets de cet armement, renforcent alors leur propre arsenal, si bien que la course aux armements s'installe sans qu'aucun camp ait voulu la guerre au départ. John Mearsheimer applique cette lecture à l'invasion de l'Ukraine en 2022. Il y voit une grande puissance qui réagit à ce qu'elle perçoit comme une menace pour sa survie, l'expansion de l'OTAN vers l'Est, dans la logique d'un monde sans autorité supérieure aux États.

II. Le libéralisme, une lecture de la société internationale par la coopération

A. L'héritage kantien et l'idéalisme wilsonien. Le libéral compare plutôt le monde à un marché, où chacun gagne à échanger. Les États ont donc intérêt à coopérer, car le commerce, le droit et les institutions rendent la guerre coûteuse et la paix profitable. Dans Vers la paix perpétuelle, publié en 1795, Emmanuel Kant soutient que le droit permet d'atteindre la paix. Il propose une fédération d'États libres et voit dans le développement du commerce un facteur de paix entre les nations. Cet héritage trouve un relais politique à la fin de la Première Guerre mondiale. Le président américain Woodrow Wilson transforme alors l'idéal kantien en programme, avec ses quatorze points et la création de la Société des Nations, chargée d'assurer la sécurité collective. L'échec de ce système dans l'entre-deux-guerres a longtemps discrédité cette lecture idéaliste face au réalisme. Pourtant, son principe reste à la base de tout le libéralisme actuel. La paix y est le résultat d'une construction politique et juridique, que les États doivent bâtir.

B. Le libéralisme institutionnaliste contemporain, de l'interdépendance à la paix démocratique. Le libéralisme actuel remplace l'idéalisme, jugé naïf, par une analyse plus fine de la coopération entre États. Dans Power and Interdependence, publié en 1977, Robert Keohane et Joseph Nye montrent que de multiples liens unissent les États, qu'ils soient économiques, humains ou institutionnels. Ces liens rendent donc la force militaire moins décisive qu'auparavant. Cette interdépendance complexe fait aussi entrer en scène d'autres acteurs que l'État. Les organisations internationales, les entreprises multinationales et les ONG comptent désormais, alors que le réalisme ne voit que des États face à des États. Elle explique enfin pourquoi des institutions comme l'Organisation mondiale du commerce ou l'Union européenne créent assez de confiance pour que la coopération l'emporte malgré l'anarchie internationale. Un second argument renforce cette lecture. Michael Doyle, qui reprend Kant, défend la thèse de la paix démocratique, selon laquelle deux démocraties établies ne se font pratiquement jamais la guerre. Sur le conflit ukrainien, un lecteur libéral insiste d'ailleurs sur un point que le réaliste laisse de côté. En effet, pour lui, l'invasion de 2022 viole clairement la Charte des Nations unies et le principe qui interdit le recours à la force entre États. La coopération entre États cherche donc à sanctionner et à contenir cette violation, par des sommets diplomatiques et des sanctions coordonnées.

L'ouverture reste facultative, mais elle permet ici de dépasser l'opposition. Réalisme et libéralisme partagent une même idée de départ. Pour eux, le monde est fait d'éléments matériels, comme la puissance ou la richesse, qui existent quoi qu'on en pense. Dès 1992, le constructivisme d'Alexander Wendt conteste cette idée, avec une formule devenue centrale dans la discipline, « l'anarchie est ce que les États en font ». Pour Wendt, une arme prend son sens selon la relation qui unit les États, d'amitié ou d'hostilité. C'est pourquoi les armes nucléaires d'un allié inquiètent moins que quelques armes détenues par un État perçu comme hostile. Chacune des trois théories éclaire donc une part de la réalité, et aucune ne l'explique seule.

Les erreurs classiques qui coûtent des points

Moraliser le débat plutôt que l'analyser

Le réalisme et le libéralisme sont deux théories scientifiques, qui expliquent chacune certains faits et en manquent d'autres. Ta copie garde donc un ton d'analyse du début à la fin, sans faire de l'un des deux camps une position morale à défendre.

Confondre le libéralisme des relations internationales avec le libéralisme économique

Le mot désigne ici une théorie sur le comportement des États, héritée de Kant, distincte de toute doctrine de politique économique. Le correcteur sanctionne sévèrement cette confusion de vocabulaire.

Réduire le réalisme au seul Morgenthau

Beaucoup de copies oublient l'apport de Waltz en 1979, qui explique pourtant le dilemme de sécurité. Ta copie cite donc les deux étapes de la théorie, la version fondatrice de 1948 et la version structurelle de 1979.

Oublier le point de départ commun aux deux théories

Réalisme et libéralisme partent tous les deux du même constat d'anarchie internationale. Ce point commun rend leur comparaison possible, c'est pourquoi il doit apparaître dès ton introduction.

Rester purement théorique sans exemple concret

Une copie qui cite des auteurs sans les rattacher à un fait international précis et daté perd l'essentiel des points d'application. Il vaut mieux choisir un événement récent et lui appliquer les deux lectures.

Mettre un verbe conjugué dans un titre

Chaque titre de partie affirme une idée sous forme nominale, sans verbe conjugué ni ponctuation. En les lisant seuls, le correcteur doit reconnaître le sujet.

Questions fréquentes sur le réalisme et le libéralisme

Quelle est la différence entre réalisme et libéralisme en relations internationales ?

Le réalisme place l'État, la puissance et l'intérêt national au centre d'un monde anarchique, où aucune autorité ne commande aux États. Chaque État doit donc d'abord assurer sa propre sécurité. Le libéralisme part du même constat d'anarchie, mais il compte sur le commerce, le droit et les institutions internationales pour rendre la coopération plus profitable que le conflit. Les deux théories répondent ainsi à la même question, celle de savoir pourquoi les États se comportent comme ils le font, avec des réponses opposées.

Qu'est-ce que le dilemme de sécurité en relations internationales ?

Le dilemme de sécurité est un mécanisme décrit par John Herz, propre à la lecture réaliste. Un État s'arme pour se rassurer. Ses voisins se sentent alors menacés par cet armement et s'arment à leur tour, si bien que la course aux armements s'enclenche sans que personne ait voulu la guerre au départ. Chaque État cherche sa propre sécurité, et tous finissent pourtant moins en sécurité qu'avant.

Qui a fondé le néoréalisme en relations internationales ?

Kenneth Waltz a fondé le néoréalisme dans Theory of International Politics, publié en 1979. Morgenthau expliquait le comportement des États par une nature humaine avide de puissance. Waltz l'explique au contraire par la structure anarchique du système international, qui oblige tous les États, bons ou mauvais, à veiller d'abord à leur propre survie.

Comment structurer une dissertation en relations internationales ?

Tu appliques la méthode de toute dissertation juridique. Tu commences par définir précisément les termes du sujet, puis tu formules une problématique qui fait ressortir une vraie tension entre les théories. Tu construis ensuite un plan en deux parties et deux sous-parties, chacune appuyée sur un auteur, une date et un concept précis plutôt que sur des idées générales.

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