Cas pratique · Droit des biens · L2

Cas pratique corrigé à plusieurs questions, l'exemple complet en droit des biens

Un cas pratique pose souvent plusieurs questions dans un seul énoncé, et chacune se traite à part, avec son propre raisonnement complet. Voici un exemple corrigé en droit des biens, une succession où la même propriété fait naître trois questions différentes, l'immeuble par destination, l'accession et la prescription acquisitive, chacune démontrée jusqu'à sa conclusion.

L'énoncé.

Gérard Fabreau possédait une propriété rurale en Corrèze, « Le Clos du Merle », une maison, une grange et un verger d'environ deux hectares. Il meurt cet été sans conjoint ni enfant. Son testament olographe partage sa succession entre ses deux neveux, il lègue « tous mes meubles » à sa nièce Camille, et « l'intégralité de mes biens immobiliers » à son neveu Baptiste.

Dans la grange, un pressoir à cidre en pierre trône depuis plus de soixante-dix ans. Le père de Gérard l'avait fait construire directement sur une assise maçonnée, pour presser chaque automne les pommes du verger. Camille réclame le pressoir au titre de son legs mobilier, Baptiste le revendique comme un accessoire de la propriété qui lui revient.

À l'arrière du Clos du Merle, une bande de terrain d'environ 400 m² touche la parcelle du voisin, Antoine Ledoux, menuisier de métier. Un vieux repère de bornage mal placé a toujours laissé croire à M. Ledoux que cette bande lui appartenait. Voilà trente-deux ans, il y a construit un petit atelier en pierre pour y ranger son matériel, et il l'utilise depuis sans discontinuer, clôturé et visible de tous.

En reprenant les papiers de son oncle, Baptiste découvre un relevé de géomètre de 1988 qui montre que cette bande appartient bien au Clos du Merle, et donc désormais à lui. Il veut savoir s'il peut récupérer l'atelier de M. Ledoux, et si la longue occupation de ce dernier ne fait pas obstacle à sa prétention.

Ce sujet te pose trois questions bien distinctes, alors qu'il ne raconte qu'une seule histoire de famille. Baptiste et Camille héritent tous les deux de leur oncle, et la même propriété fait naître un désaccord sur un pressoir centenaire, puis un différend avec un voisin qui a construit et occupé une bande de terrain pendant plus de trente ans. Tu vas voir que chaque question réclame son propre raisonnement complet, même quand elle s'appuie sur les mêmes faits de départ. En tant que prof de droit, je fais volontairement travailler ce type de sujet à mes élèves de L2, parce que le réflexe de tout fusionner en une seule démonstration coûte cher en points le jour du partiel.

I. Le sort du pressoir à cidre, meuble ou immeuble par destination ?

Rappel des faits utiles

Le pressoir à cidre du Clos du Merle a été construit voilà plus de soixante-dix ans par le père de Gérard Fabreau, directement sur une assise maçonnée dans la grange, pour presser les pommes du verger attenant. Le testament de Gérard partage sa succession entre un legs de meubles à Camille et un legs de la totalité des immeubles à Baptiste, sans mentionner ce pressoir en particulier.

Le problème de droit

Le pressoir doit-il être considéré comme un meuble ordinaire qui revient à Camille au titre de son legs, ou comme un immeuble par destination qui suit le sort de la propriété léguée à Baptiste ?

La règle de droit applicable

L'article 524 du Code civil range parmi les immeubles par destination les objets qu'un propriétaire place sur son fonds pour le service et l'exploitation de ce fonds, à l'image des ustensiles aratoires, des pressoirs ou des cuves. L'article 525 du même code ajoute une seconde hypothèse, un objet mobilier attaché à perpétuelle demeure à un bâtiment, notamment quand il est scellé en plâtre, en chaux ou en ciment, ou qu'il ne peut être détaché sans être brisé ou sans détériorer la partie du fonds à laquelle il est fixé.

La Cour de cassation applique ces textes largement dès qu'un attachement matériel se double d'une volonté claire de rattacher durablement l'objet au fonds. Dans un arrêt du 5 mars 1991 (n° 89-14.626), la première chambre civile a rejeté le pourvoi formé contre une décision qui avait retenu qu'une bibliothèque construite sur mesure aux dimensions exactes d'une pièce, masquant entièrement les murs, constituait un immeuble par destination, alors même qu'elle restait seulement appuyée et démontable, parce que ses propriétaires avaient manifesté la volonté de l'attacher au fonds à perpétuelle demeure.

L'application aux faits

Le pressoir du Clos du Merle remplit les deux hypothèses à la fois. Il sert directement à l'exploitation du verger, ce qui suffit déjà à le qualifier d'immeuble par destination au sens de l'article 524. Il repose en plus sur une assise maçonnée depuis plus de soixante-dix ans, ce qui le rattache à perpétuelle demeure à la grange au sens de l'article 525, exactement comme la bibliothèque de l'arrêt de 1991 s'y trouvait rattachée par la seule volonté de ses propriétaires.

Camille ne peut donc pas réclamer le pressoir sur le fondement de son legs mobilier. Un bien meuble par nature, une fois qualifié d'immeuble par destination, suit le sort juridique de l'immeuble auquel il est attaché, ici la grange et le Clos du Merle tout entier.

Conclusion

Le pressoir à cidre est un immeuble par destination. Il revient à Baptiste, seul héritier des immeubles au titre de son legs.

II. Le sort de l'atelier construit par M. Ledoux sur le terrain d'autrui

Rappel des faits utiles

M. Ledoux a construit, voilà trente-deux ans, un atelier en pierre sur une bande de terrain qu'il croyait sienne, à cause d'un repère de bornage mal placé. Un relevé de géomètre de 1988 montre que cette bande appartient en réalité au Clos du Merle, aujourd'hui hérité par Baptiste.

Le problème de droit

Le propriétaire d'un terrain sur lequel un tiers a construit peut-il revendiquer la propriété de cette construction, et à quelles conditions ?

La règle de droit applicable

L'article 551 du Code civil pose le principe général de l'accession. Tout ce qui s'unit et s'incorpore à une chose appartient à son propriétaire. L'article 555 du même code organise précisément le cas d'une construction faite par un tiers avec ses propres matériaux sur le terrain d'autrui. Le propriétaire du sol dispose alors d'un choix, conserver la construction ou en exiger la suppression aux frais du constructeur. S'il choisit de la conserver, il doit l'indemniser, une indemnité calculée différemment selon que le constructeur était de bonne foi ou non.

La Cour de cassation a précisé, dans un arrêt de cassation du 27 mars 2002 (3e chambre civile, n° 00-18.201), que l'accession opère de plein droit, sans qu'aucune action en justice ne soit nécessaire pour que le propriétaire du sol en bénéficie. Le propriétaire n'a donc rien à revendiquer pour devenir propriétaire de la construction, l'accession joue automatiquement dès l'incorporation.

L'application aux faits

M. Ledoux a construit son atelier avec ses propres matériaux sur un terrain qui ne lui appartenait pas, même s'il le croyait sien de bonne foi à cause du repère de bornage mal placé. L'accession joue donc automatiquement en faveur de Baptiste dès l'instant où l'atelier a été bâti, sans qu'il ait eu besoin d'agir en justice pour cela.

Baptiste peut choisir de conserver l'atelier, à condition d'indemniser M. Ledoux, dont la bonne foi allège le montant dû par rapport à un constructeur qui aurait su qu'il bâtissait sur le terrain d'un autre. Il peut aussi en exiger la démolition aux frais de M. Ledoux, une option ici peu utile puisque l'atelier reste profitable à l'exploitation du Clos du Merle.

Conclusion

Par la seule application de l'accession, Baptiste devient propriétaire de l'atelier construit par M. Ledoux, à charge pour lui de l'indemniser s'il choisit de le conserver.

III. La prescription acquisitive peut-elle faire échec à cette accession ?

Rappel des faits utiles

M. Ledoux occupe la bande de terrain litigieuse depuis trente-deux ans, de façon continue et visible, clôturée, sans que personne ne lui en ait jamais contesté l'usage jusqu'à la découverte du relevé de géomètre de 1988.

Le problème de droit

Une occupation prolongée du terrain d'autrui peut-elle faire acquérir la propriété de ce terrain à celui qui l'occupe, avant même que la question de l'accession de la construction ne se pose ?

La règle de droit applicable

L'article 546 du Code civil institue une présomption de propriété par accession. La propriété d'une chose donne droit sur tout ce qui s'y unit. Cette présomption n'est pourtant pas absolue. L'article 2258 du Code civil définit la prescription acquisitive comme le moyen d'acquérir un bien par l'effet d'une possession, sans avoir à en rapporter de titre. L'article 2272 du même code fixe le délai de cette prescription à trente ans, réduit à dix ans seulement si le possesseur réunit la bonne foi et un juste titre.

La Cour de cassation a jugé, dans un arrêt de cassation partielle du 27 avril 2017 (3e chambre civile, n° 16-10.753), que la présomption de propriété par accession de l'article 546 peut être renversée par la preuve contraire d'une possession utile pendant le délai de la prescription acquisitive. La maxime selon laquelle l'accessoire suit le principal ne fait donc pas obstacle à l'usucapion, dès lors que la possession réunit les qualités exigées, continue, paisible, publique et non équivoque.

L'application aux faits

M. Ledoux possède la bande de terrain depuis trente-deux ans, un délai supérieur aux trente ans exigés par l'article 2272 pour la prescription de droit commun, ce qui dispense de vérifier s'il réunissait par ailleurs la bonne foi et un juste titre. Sa possession présente toutes les qualités requises, elle est continue depuis la construction de l'atelier, paisible puisque personne ne la lui a jamais contestée, publique puisque l'atelier et la clôture restent visibles de tous, et non équivoque puisqu'il s'est comporté en propriétaire pendant plus de trois décennies.

Cette possession utile renverse la présomption de propriété par accession posée par l'article 546. M. Ledoux a donc acquis la propriété de la bande de terrain par prescription acquisitive, avant même que Baptiste ait pu invoquer utilement l'accession du sol examinée à la question précédente.

Conclusion

La prescription acquisitive de trente ans l'emporte sur l'accession. M. Ledoux devient propriétaire de la bande de terrain et de l'atelier qui s'y trouve, et Baptiste ne peut plus rien lui réclamer sur cette portion du Clos du Merle.

Le Clos du Merle te montre bien pourquoi il faut traiter chaque question séparément, même quand elles s'enchaînent. Le pressoir se règle par la seule qualification d'immeuble par destination, l'atelier appelle d'abord un raisonnement sur l'accession, puis un second raisonnement sur la prescription qui vient contredire le premier. Le Clos du Merle a donné lieu à trois syllogismes complets, chacun avec sa conclusion propre, pour une seule histoire de succession.

Ce corrigé est protégé. Il se lit en ligne et ne peut pas être copié. © Trajectoire Droit, toute reproduction même partielle est interdite.

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Le tableau à connaître pour traiter un cas à plusieurs questions

Ce tableau réunit en une seule vue les questions posées, la notion à mobiliser pour chacune, l'article clé et la solution que tu dois retenir.

Question Notion en jeu Article clé Solution retenue
I. Le pressoir Immeuble par destination Art. 524 et 525 C. civ. Revient à Baptiste, avec l'immeuble
II. L'atelier Accession, construction sur le terrain d'autrui Art. 551 et 555 C. civ. Accession à Baptiste, sous réserve d'indemniser M. Ledoux
III. La bande de terrain Prescription acquisitive Art. 546, 2258 et 2272 C. civ. Acquise par M. Ledoux, l'accession du II est écartée

Les erreurs à éviter sur un cas pratique à plusieurs questions

Fusionner plusieurs questions en un seul raisonnement

Même quand deux questions partagent les mêmes personnages, tu reprends un syllogisme complet pour chacune. Un correcteur cherche une conclusion distincte à chaque question posée.

Oublier une question secondaire

Une question qui paraît courte, comme celle du pressoir, rapporte les mêmes points qu'une question plus longue. La sauter ou la traiter en une phrase te coûte des points gratuitement.

Répondre dans le désordre de l'énoncé

Garde l'ordre des questions posées par l'énoncé, numérote-les I, II, III. Un correcteur qui doit chercher ta réponse à la deuxième question perd patience et te le fait sentir dans la note.

S'arrêter à la première notion trouvée

L'accession réglait l'atelier en apparence, mais la prescription acquisitive vient ensuite la contredire. Vérifie toujours si une notion voisine ne vient pas remettre en cause ta première conclusion.

Questions fréquentes sur le cas pratique à plusieurs questions

Comment traiter un cas pratique qui pose plusieurs questions ?

Tu traites chaque question séparément, avec son propre syllogisme complet, faits utiles, problème de droit, règle applicable puis application aux faits. Numérote-les clairement (I, II, III) et ne les mélange jamais dans un seul raisonnement, même quand elles portent sur les mêmes personnages, parce que des points distincts sont attribués à chaque question et qu'un correcteur cherche une réponse à chacune d'elles.

Qu'est-ce qu'un immeuble par destination ?

C'est un bien meuble par nature qu'un propriétaire attache à son fonds pour son service et son exploitation, ou qu'il attache à perpétuelle demeure à un bâtiment. L'article 524 du Code civil vise le matériel d'exploitation d'un fonds agricole ou industriel, l'article 525 vise un objet scellé ou impossible à détacher sans détérioration. Une fois cette fiction juridique retenue, le bien meuble suit alors le sort juridique de l'immeuble, notamment lors d'une vente ou d'une succession.

Que se passe-t-il quand quelqu'un construit sur le terrain d'un autre ?

L'article 555 du Code civil laisse le choix au propriétaire du terrain, conserver la construction en indemnisant le tiers constructeur, ou en exiger la suppression à ses frais. L'accession joue ici de plein droit, sans qu'aucune action en justice ne soit nécessaire pour que le propriétaire du sol en bénéficie, ce qu'a confirmé la Cour de cassation dans un arrêt du 27 mars 2002.

La prescription acquisitive peut-elle l'emporter sur l'accession ?

Oui. L'article 546 du Code civil pose une présomption de propriété par accession, mais cette présomption peut être renversée par la preuve d'une possession utile pendant le délai de la prescription acquisitive, en principe trente ans selon l'article 2272 du Code civil. La Cour de cassation l'a confirmé dans un arrêt du 27 avril 2017, une possession continue, paisible et non équivoque peut donc faire échec à la règle de l'accession.

La distinction entre bien meuble et bien immeuble conditionne toute la première question de ce cas pratique, et les fiches de droit des biens L2 reprennent en détail l'accession, la possession et la prescription acquisitive, article par article. Si tu veux revoir la méthode complète du syllogisme juridique avant de t'entraîner sur d'autres sujets, la méthode du cas pratique en droit déroule chaque étape, y compris la façon d'annoncer et de tenir un plan quand l'énoncé pose plusieurs questions. Tu peux aussi lire un autre exemple corrigé sur la formation du contrat, une question unique cette fois, pour comparer les deux méthodes de traitement.

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