Vacances de l'enfant chez un tiers : faut-il informer l'autre parent ?

Un parent envoie l'enfant quelques jours chez ses grands-parents, et l'autre parent l'apprend après coup. Le premier parent n'avait besoin d'aucun accord pour organiser ce séjour, mais il devait quand même prévenir l'autre, en vertu de l'alinéa 2 de l'article 373-2 du Code civil. Ce sujet revient d'ailleurs en cas pratique de droit de la famille.

L'essentiel en une phrase

Un parent séparé doit informer l'autre avant d'envoyer l'enfant chez un tiers pendant les vacances, sur le fondement de l'article 373-2, alinéa 2, du Code civil, qui impose à chacun des parents de respecter les liens de l'enfant avec l'autre. En revanche, il n'a besoin d'aucun accord préalable pour ce type de décision.

On cite souvent l'alinéa 4 du même article, mais il vise un autre cas, celui du déménagement du parent lui-même.

À retenir

Le temps de garde d'un parent lui permet d'organiser librement un séjour de vacances chez un tiers, sans l'autorisation de l'autre parent. Il doit seulement l'en informer, sur le fondement de l'alinéa 2, et aucun délai légal chiffré ne s'impose à lui.

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Fiche complète

Droit de la famille L1

Mariage, divorce, filiation, autorité parentale, 148 pages · 14,99 €

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Le cadre légal, l'article 373-2 du Code civil

Sur les forums, l'article 373-2 du Code civil revient dans presque toutes les réponses à cette question, souvent sans préciser l'alinéa. Or cet article réunit plusieurs règles, et chaque alinéa vise une situation différente.

Le premier alinéa prévoit que la séparation des parents ne change rien à la façon dont l'autorité parentale se répartit entre eux. L'autorité parentale est l'ensemble des droits et des devoirs des parents pour protéger et élever leur enfant. Que le couple ait été marié, pacsé ou en concubinage, chaque parent reste titulaire de l'autorité parentale et continue de l'exercer, sauf décision contraire du juge.

Le deuxième alinéa impose ensuite à chaque parent deux devoirs. Il doit maintenir des relations personnelles avec l'enfant, et il doit aussi respecter les liens de l'enfant avec l'autre parent. Ce second devoir, souvent oublié, fonde l'obligation d'informer l'autre parent des vacances de l'enfant.

Enfin, le quatrième alinéa, celui qu'on cite le plus souvent de mémoire, vise le déménagement de l'un des parents, lorsqu'il change la façon dont l'autorité parentale s'exerce. Par exemple, un père qui part vivre dans une autre région ne peut plus voir l'enfant tous les mercredis.

Ce déménagement obéit à d'autres règles qu'un séjour de vacances, et beaucoup de désaccords entre parents viennent du fait qu'on confond les deux.

Article 373-2, alinéa 4, du Code civil

« Tout changement de résidence de l'un des parents, dès lors qu'il modifie les modalités d'exercice de l'autorité parentale, doit faire l'objet d'une information préalable et en temps utile de l'autre parent. »
Code civil, version en vigueur depuis le 20 mars 2024, issue de la loi n° 2024-233 du 18 mars 2024

Autorisation et information, deux choses différentes

La première question porte sur l'autorisation. Pendant son propre temps de garde, un parent organise la vie de l'enfant sans demander la permission de l'autre.

En effet, chaque parent exerce l'autorité parentale au quotidien et prend seul les décisions courantes. Il peut donc confier l'enfant à un proche pour quelques jours, par exemple à ses grands-parents pendant les vacances.

Aucun texte n'exige un accord préalable pour ce type de décision, tant qu'elle reste raisonnable et conforme à l'intérêt de l'enfant.

La seconde question porte sur l'information. Prévenir l'autre parent lui permet de savoir où se trouve l'enfant et avec qui, et de pouvoir le joindre si besoin.

L'autre parent reçoit donc une information, sans avoir à donner son accord. L'article 373-2, alinéa 2, impose seulement cette information. Ainsi, un parent qui ne prévient jamais l'autre des déplacements de l'enfant, alors qu'il en avait largement le temps, manque à ce devoir, même s'il n'avait besoin d'aucune autorisation.

Changement de résidence et séjour de vacances, une confusion fréquente

Beaucoup de réponses trouvées en ligne citent ici l'alinéa 4 à la place de l'alinéa 2.

L'alinéa 4 de l'article 373-2, celui qui impose une information préalable en cas de changement de résidence, vise le déménagement du parent lui-même. Il s'agit d'un changement durable, comme un nouveau domicile dans une autre ville ou parfois dans un autre pays, qui modifie la façon dont chacun voit l'enfant. Un séjour de vacances de l'enfant chez un tiers reste en dehors de ce texte.

Cette distinction a des conséquences pratiques, car la loi encadre le déménagement d'un parent bien plus strictement qu'un séjour de vacances. Elle va même jusqu'à le sanctionner pénalement.

L'article 227-6 du Code pénal punit de six mois d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende le parent qui change de domicile sans en informer, dans le mois qui suit ce changement, celui qui bénéficie d'un droit de visite ou d'hébergement fixé par un jugement ou une convention homologuée.

On invoque souvent ce délai d'un mois pour n'importe quel silence entre parents séparés. Il vise pourtant seulement le changement de domicile, et seulement si le parent a gardé le silence volontairement, en connaissant son obligation. Un séjour de vacances de quelques jours échappe donc à cette sanction pénale.

Un exemple jugé par la Cour de cassation

Un arrêt ancien, toujours cité, montre que les juges tiennent compte du respect des liens de l'enfant avec l'autre parent. En janvier 2004, une mère quitte le domicile commun avec ses deux enfants pour s'installer en Nouvelle-Calédonie, à l'insu du père et sans laisser d'adresse.

Les enfants s'intègrent bien dans leur nouvelle vie, à l'école comme dans leur quartier, mais le père n'a plus aucun moyen de les joindre ni de savoir où ils vivent.

La cour d'appel de Rennes fixe la résidence des enfants chez la mère, sans s'arrêter sur les conditions de ce départ. La Cour de cassation casse cette décision.

Elle reproche aux juges du fond, c'est-à-dire aux juges qui ont examiné les faits, de ne pas avoir recherché si le comportement de la mère, qui avait agi en secret et seule, traduisait un refus de respecter le droit des enfants à entretenir des relations régulières avec leur père.

Cet arrêt porte sur un déménagement, donc sur l'alinéa 4. Son raisonnement repose pourtant sur le devoir plus général de l'alinéa 2, celui de respecter les liens de l'enfant avec l'autre parent. Les juges appliquent donc ce même raisonnement, avec des conséquences moins lourdes, quand un parent ne donne jamais aucune nouvelle des vacances de l'enfant.

Cet arrêt est aussi un bon entraînement à la fiche d'arrêt, puisqu'il présente les faits puis le moyen de cassation, c'est-à-dire l'argument du parent qui conteste, avant la décision finale. Ma méthode dédiée détaille les sept rubriques de cette fiche, et d'autres décisions déjà fichées se trouvent dans mes fiches d'arrêt et citations.

Quel délai pour informer l'autre parent ?

Beaucoup de parents cherchent un nombre de jours à respecter avant un départ. Or aucun texte général du Code civil n'en fixe pour un séjour de vacances.

La jurisprudence retient seulement la notion de délai raisonnable, que le juge apprécie selon les circonstances. Il regarde par exemple la durée du séjour et la destination, mais aussi les habitudes déjà prises entre les parents. On l'a vu, le délai d'un mois de l'article 227-6 du Code pénal vise seulement le changement de résidence du parent.

Si un délai précis existe malgré tout dans une situation donnée, il vient le plus souvent d'une clause du jugement de divorce ou de la convention homologuée, c'est-à-dire validée, par le juge aux affaires familiales. Avant toute discussion, il faut donc relire ce document.

Que faire en cas de désaccord

Deux conseils pratiques s'ajoutent au raisonnement juridique. D'abord, il vaut mieux garder une trace écrite de chaque échange, par exemple un message ou un mail, et surtout une demande d'information restée sans réponse. Chacun de ces écrits servira de preuve si la situation finit devant le juge aux affaires familiales.

Ensuite, le juge peut sanctionner un parent qui ne donne jamais d'information, même sans délai chiffré, en s'appuyant sur l'alinéa 2 de l'article 373-2. La séparation d'un couple marié, pacsé ou en simple concubinage ne change d'ailleurs rien à ce devoir d'information.

Il s'impose aux deux parents dans tous les cas, quel qu'ait été le statut du couple.

Quand un désaccord de ce genre dure, il aide souvent de reprendre le texte exact avec quelqu'un qui connaît la matière. Mes séances de droit de la famille en visioconférence servent justement à ça.

Utiliser ce point en cas pratique

En cas pratique de droit de la famille, presque tous les étudiants connaissent l'article 373-2. La difficulté consiste à trouver lequel de ses alinéas s'applique aux faits de l'énoncé.

Avant de répondre, tu cherches donc ce qui a réellement changé dans la vie de l'enfant. Un simple séjour temporaire chez un tiers relève de l'alinéa 2. Un déménagement durable du parent relève de l'alinéa 4, avec en plus la question distincte d'une éventuelle sanction pénale sur le fondement de l'article 227-6.

Une fois le bon texte trouvé, tu construis ta majeure, c'est-à-dire la partie où tu exposes la règle, autour de la distinction entre autorisation et information. Dans ta mineure, tu appliques ensuite cette règle aux faits. Tu regardes par exemple la durée du séjour et le lien avec la personne qui accueille l'enfant, puis tu vérifies si un message est resté sans réponse.

La méthode du cas pratique, avec sa majeure, sa mineure et sa conclusion, s'applique ici comme sur n'importe quel autre thème de droit civil. Ma méthode du cas pratique la détaille étape par étape.

Ma fiche de droit de la famille L1 reprend tout le raisonnement sur l'autorité parentale, y compris la résidence de l'enfant et le droit de visite et d'hébergement, ainsi que la pension alimentaire. Les majeures préparées rédigent déjà cette règle, pour que tu l'aies sous la main le jour du cas pratique.

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La séparation des parents a aussi d'autres conséquences. Quand le couple divorce, l'écart de niveau de vie entre les deux ex-époux peut donner lieu à une prestation compensatoire. Il ne faut pas la confondre avec la pension versée pour l'entretien de l'enfant, prévue par l'article 373-2-2 du Code civil.

La prestation compensatoire corrige un écart de niveau de vie entre ex-époux, alors que la pension sert à nourrir et élever l'enfant.

Enfin, un désaccord répété sur ces informations peut révéler que la situation de l'enfant a changé, par exemple parce qu'il ne voit presque plus l'un de ses parents. Le parent peut alors demander au juge aux affaires familiales de modifier sa décision, à condition de prouver un changement de circonstances.

Les erreurs à éviter

  • Citer l'alinéa 4 pour un simple séjour de vacances. Ce texte vise le changement de résidence du parent lui-même. Pour un séjour ponctuel de l'enfant chez un tiers, tu cites l'alinéa 2.
  • Confondre autorisation et information. Pendant son temps de garde, un parent n'a besoin d'aucun accord, mais il doit quand même informer l'autre, sur le fondement de l'alinéa 2.
  • Inventer un délai légal chiffré. Aucun texte général n'en fixe un pour les vacances. Le délai d'un mois de l'article 227-6 du Code pénal ne concerne que le changement de domicile du parent.
  • Réduire l'article 373-2 à un seul alinéa. Chaque alinéa de ce texte vise une situation différente, et ta copie doit citer celui qui correspond aux faits.

Questions fréquentes

Un parent séparé doit-il demander l'accord de l'autre pour un séjour de vacances de l'enfant chez un tiers ?

Non, aucun texte n'exige un accord préalable. Pendant son temps de garde, chaque parent organise librement la vie de l'enfant, y compris en le confiant à un tiers pour quelques jours, comme ses grands-parents.

Le parent doit-il quand même prévenir l'autre parent ?

Oui, sur le fondement de l'article 373-2, alinéa 2, du Code civil, qui impose à chaque parent de respecter les liens de l'enfant avec l'autre. Un parent qui n'informe jamais l'autre des déplacements de l'enfant peut manquer à cette obligation.

Existe-t-il un délai légal pour informer l'autre parent ?

Non, aucun texte général ne fixe de délai chiffré pour un simple séjour de vacances. Les juges parlent d'un délai raisonnable, apprécié au cas par cas. Le délai d'un mois de l'article 227-6 du Code pénal vise un autre cas, celui du parent qui change lui-même de domicile.

Que risque un parent qui n'informe jamais l'autre des déplacements de l'enfant ?

Le juge aux affaires familiales peut retenir ce silence répété comme un manquement à l'article 373-2, alinéa 2, et en tenir compte dans une décision sur la résidence de l'enfant ou les modalités de garde.
Julien, professeur de droit

Julien

Professeur de droit · Master II Panthéon-Assas

Major puis vice-major de promo, #1 prof de droit sur Superprof avec 162 avis 5/5. J'aide les étudiants en droit à passer de la moyenne à la mention, avec une méthode qu'ils réutilisent ensuite seuls à chaque copie. Sur TrajectoireDroit, tu trouves mes fiches complètes et mes majeures préparées (les règles de droit déjà rédigées pour tes cas pratiques), et tu peux aussi réserver mes cours particuliers.

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