La prestation compensatoire expliquée simplement

Après le divorce, un ex-époux peut devoir verser de l'argent à l'autre. Cette somme corrige l'écart de niveau de vie créé par la rupture, et elle ne punit aucune faute. Depuis 2004, même l'époux à qui le divorce est reproché peut la demander, et le juge fixe son montant selon les critères de l'article 271 du Code civil.

L'essentiel en une phrase

La prestation compensatoire compense la disparité, c'est-à-dire l'écart de niveau de vie, que le divorce crée entre les deux époux. Le juge compare donc la situation des deux époux, au lieu de regarder seulement si l'un d'eux manque d'argent. L'article 270 du Code civil pose ce principe.

Depuis la réforme de 1975, le divorce met fin à toute pension entre ex-époux, et la prestation compensatoire a remplacé cette pension. Elle prend en principe la forme d'un capital versé une seule fois, et son attribution ne dépend en principe pas de la faute de l'un ou de l'autre.

Ce sujet revient souvent en cas pratique de droit de la famille en L1, parce qu'il demande deux opérations. D'abord, tu dois reconnaître une demande d'argent que l'énoncé ne nomme presque jamais clairement. Ensuite, tu dois appliquer un article du Code civil qui donne une liste de critères. Une copie qui réussit ces deux étapes se détache nettement d'une copie moyenne.

À retenir

La prestation compensatoire répare une conséquence du divorce. Depuis 2004, même l'époux aux torts exclusifs, c'est-à-dire celui à qui le divorce est entièrement reproché, peut donc la demander. Le juge peut seulement la refuser par équité, dans deux cas présentés plus bas.

Droit de la famille L1

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Ce qu'elle compense, et la confusion à ne pas faire

Pendant le mariage, les deux époux vivent ensemble et mettent en commun leurs ressources, si bien que leur niveau de vie se rapproche au fil des années.

Quand le mariage se rompt, cette mise en commun s'arrête d'un coup. L'un des époux peut alors se retrouver dans une situation bien moins favorable que l'autre, par exemple parce qu'il a réduit son travail pour s'occuper des enfants ou pour aider la carrière de son conjoint.

La prestation compensatoire sert donc à corriger cet écart, en tenant compte de la situation au moment du divorce et de son évolution prévisible.

L'article 270, alinéa 2, du Code civil

« L'un des époux peut être tenu de verser à l'autre une prestation destinée à compenser, autant qu'il est possible, la disparité que la rupture du mariage crée dans les conditions de vie respectives. »
Article 270 du Code civil

En copie de L1, la confusion la plus fréquente mélange la prestation compensatoire et la pension alimentaire versée pour un enfant. Ces deux mécanismes suivent des règles très différentes, et le correcteur vérifie tout de suite si tu sais les séparer.

Prestation compensatoire
  • Concerne seulement les deux ex-époux
  • Compense la disparité créée par la rupture du mariage (art. 270)
  • Prend la forme d'un capital forfaitaire en principe, versé une fois pour toutes
  • Ne suit pas l'évolution des ressources après le divorce, sauf exception
VS
Pension alimentaire (enfant)
  • Sert à l'entretien et à l'éducation de l'enfant (art. 373-2-2)
  • Prend la forme d'une rente mensuelle
  • Se révise à chaque changement de situation des parents
  • Dure jusqu'à l'indépendance financière de l'enfant

La pension alimentaire de l'article 373-2-2 fait d'ailleurs partie des règles qui organisent l'autorité parentale après la séparation, juste après l'article 373-2 du Code civil.

L'article 373-2 impose aussi, dans son deuxième alinéa, d'informer l'autre parent avant d'envoyer l'enfant chez un tiers pendant les vacances. Beaucoup de parents séparés citent pourtant un autre alinéa de cet article.

Une autre erreur revient régulièrement dans les copies, qui attribuent à l'article 270 la fin du mariage elle-même. Ce sont en réalité les articles 260 et suivants du Code civil qui organisent le prononcé du divorce et ses effets généraux. L'article 270 porte seulement sur la conséquence financière que tu étudies ici, à savoir la prestation compensatoire.

Qui peut l'obtenir, et qui peut se la voir refuser

Avant la loi du 26 mai 2004, l'époux aux torts exclusifs du divorce était automatiquement privé de toute prestation compensatoire. Cette loi a supprimé cette règle. Aujourd'hui, la disparité créée par le divorce ouvre droit à la prestation compensatoire quel que soit le cas de divorce prononcé, y compris pour l'époux dont les torts sont exclusifs.

Le juge garde malgré tout la possibilité de refuser la prestation. L'article 270, dernier alinéa, lui permet de la refuser « si l'équité le commande », c'est-à-dire si l'accorder serait injuste, dans deux hypothèses.

La première s'appuie sur les critères de l'article 271. La seconde vise le cas où le divorce est prononcé aux torts exclusifs de l'époux qui demande la prestation, à condition que les circonstances de la rupture soient particulièrement graves. La première chambre civile de la Cour de cassation en a donné un exemple.

Une épouse avait gravement manqué, à plusieurs reprises, à son devoir de fidélité, par des échanges intimes sur un site de rencontres. Ce comportement a justifié le divorce à ses torts exclusifs, et sur ce même fondement, le juge a aussi refusé toute prestation compensatoire (Cass. 1re civ., 30 avril 2014).

Ce refus reste l'exception, car les juges exigent des circonstances graves en plus du divorce aux torts exclusifs. En cas pratique, cette nuance change le conseil à donner.

Ainsi, un époux fautif qui craint de se voir opposer un refus par équité a intérêt à demander le divorce pour altération définitive du lien conjugal, c'est-à-dire après une séparation, plutôt que pour faute, quand les faits le permettent.

Depuis la loi du 23 mars 2019, entrée en vigueur le 1er janvier 2021, ce cas de divorce suppose une séparation d'un an au moment de l'assignation, alors qu'il fallait deux ans avant la réforme. Beaucoup de copies retiennent encore l'ancien délai, donc tu le vérifies avant de qualifier les faits.

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Comment le juge fixe le montant

L'article 271 du Code civil fixe la prestation compensatoire « selon les besoins de l'époux à qui elle est versée et les ressources de l'autre, en tenant compte de la situation au moment du divorce et de l'évolution de celle-ci dans un avenir prévisible ».

Le texte donne ensuite une liste de critères. Le juge regarde d'abord la situation personnelle des époux, c'est-à-dire la durée du mariage ainsi que leur âge et leur état de santé. Il examine ensuite leur qualification et leur situation professionnelles, avec les conséquences des choix faits pendant la vie commune, par exemple pour élever les enfants ou pour aider la carrière du conjoint. Enfin, il tient compte du patrimoine que chacun aura après le partage des biens du couple, et de ses droits à la retraite.

Cette liste reste indicative, puisque l'article 271 l'introduit par le mot « notamment ». Autrement dit, le juge peut aussi tenir compte d'autres éléments de la situation des époux. En revanche, il reste lié par ce que les parties lui demandent. L'article 5 du Code de procédure civile l'oblige en effet à se prononcer sur tout ce qui est demandé et seulement sur ce qui est demandé, donc il ne peut pas accorder une prestation plus élevée que celle que l'époux réclame.

Trois décisions récentes précisent la façon d'appliquer les critères de l'article 271, et elles servent souvent à argumenter en cas pratique.

D'abord, une vocation successorale, c'est-à-dire l'espoir de recevoir un héritage qui n'est pas encore ouvert, ne constitue pas un droit prévisible au sens de l'article 271, parce que personne ne sait si cet héritage arrivera ni pour quel montant (Cass. 1re civ., 6 octobre 2010, n°09-10.989).

Un étudiant ne peut donc pas écarter une demande de prestation compensatoire au motif que le créancier, celui qui la reçoit, héritera un jour.

Ensuite, quand le débiteur doit aussi contribuer à l'entretien d'un enfant, le juge déduit cette charge de ses ressources avant de fixer le montant. Il vérifie aussi si le créancier partage déjà ses propres dépenses avec un nouveau compagnon (Cass. 1re civ., 4 juillet 2018, n°17-20.281).

Enfin, une différence de situation professionnelle qui existait déjà avant le mariage n'empêche pas d'accorder une prestation compensatoire, car le juge mesure l'écart au moment du divorce (Cass. 1re civ., 10 décembre 2025, n°24-13.557).

Pour cette question, tu reprends chaque critère de l'article 271 un par un et tu le compares aux faits de l'énoncé. Tu montres ainsi quel critère joue en faveur ou en défaveur de la demande, au lieu d'écrire seulement que le juge « tient compte de la situation des époux ».

Capital ou rente, la forme du versement

La loi du 26 mai 2004 a confirmé la règle posée par la loi du 30 juin 2000. La prestation compensatoire prend la forme d'un capital dont le montant est fixé par le juge (art. 270, al. 2).

Ce capital peut être versé en une seule fois, ou de façon échelonnée sur une durée maximale de huit ans quand le débiteur n'est pas en mesure de payer immédiatement (art. 275).

L'article 274 permet aussi au débiteur d'abandonner un bien en pleine propriété, ou un droit d'usage, d'habitation ou d'usufruit, plutôt que de verser une somme d'argent.

Cette possibilité d'attribuer un bien reste subsidiaire. Le juge y recourt seulement quand le versement d'une somme d'argent ne suffit pas, comme l'a confirmé le Conseil constitutionnel en jugeant l'article 274 conforme à la Constitution sous cette réserve (Cons. const., 13 juillet 2011, n°2011-151 QPC).

La rente viagère, elle, reste l'exception. L'article 276 ne l'autorise que par décision spécialement motivée, quand l'âge ou l'état de santé du créancier ne lui permet pas de subvenir seul à ses besoins.

Peut-on la réviser après coup

La réponse dépend de la forme retenue, et beaucoup d'étudiants oublient de la vérifier. Quand la prestation compensatoire prend la forme d'un capital, son montant ne se révise jamais, parce qu'il a été fixé une fois pour toutes pour réparer l'écart.

Seules les modalités de paiement peuvent être revues, par exemple un rééchelonnement, et seulement en cas de changement important de la situation du débiteur (art. 275, al. 2).

Quand la prestation prend la forme d'une rente, l'article 276-3 permet en revanche de la réviser, de la suspendre ou de la supprimer. Il exige pourtant un changement important et imprévisible dans les ressources ou les besoins de l'une des parties.

Si le débiteur connaissait déjà ce changement au moment du divorce et que le juge en avait tenu compte pour fixer la rente, il ne peut pas l'invoquer une seconde fois pour demander une révision (Cass. 1re civ., 3 novembre 2004).

Ce cas revient souvent en cas pratique. Prenons une ex-épouse qui touche une rente, puis reçoit un héritage important. Son ex-mari, qui paie la rente, peut demander au juge de la supprimer. Il doit alors montrer que cet héritage fait disparaître l'écart de niveau de vie entre eux.

Si l'héritage réduit seulement cet écart, le juge baisse en général le montant de la rente sans la supprimer.

Au partiel, tu vérifies donc si l'écart de niveau de vie a disparu avant de conclure à la suppression de la rente.

L'utiliser dans un cas pratique

Face à un énoncé de droit de la famille, tu repères d'abord une demande d'argent que le sujet ne nomme presque jamais « prestation compensatoire ». Un corrigé de partiel que j'ai sous les yeux le montre bien.

Une ex-épouse y réclame « un capital de 150 000 euros » sans jamais employer le terme juridique. Le travail attendu consiste donc à requalifier cette demande, c'est-à-dire à lui donner son vrai nom juridique, la prestation compensatoire, puis à construire le raisonnement en syllogisme, avec l'article 270 et l'article 271 pour majeure, et les faits de l'énoncé pour mineure.

Tu peux voir à quoi ressemble une mineure bien construite dans mes cas pratiques corrigés, ou revoir la méthode du cas pratique en détail si le syllogisme n'est pas encore un automatisme pour toi.

Une fois la demande requalifiée, tu vérifies trois choses dans l'ordre. D'abord, tu t'assures qu'une disparité existe entre les conditions de vie des deux époux du fait du divorce.

Ensuite, tu te demandes si le juge peut refuser la prestation par équité, notamment s'il est l'époux aux torts exclusifs et que les circonstances de la rupture sont particulièrement graves.

Enfin, si la prestation est due, tu cherches les critères de l'article 271 qui guident le montant, puis la forme du versement, capital ou rente. Ces trois étapes donnent directement le plan de ton développement, et elles montrent au correcteur que tu sais faire jouer les articles 270 et 271 ensemble.

Julien, professeur de droit

Julien

Professeur de droit · Master II Panthéon-Assas

Major puis vice-major de promo, #1 prof de droit sur Superprof avec 164 avis 5/5. Mon travail consiste à faire passer des étudiants en droit de la moyenne à la mention. Je leur donne pour cela une méthode qu'ils appliquent à chaque partiel. Sur TrajectoireDroit, j'ai donc réuni mes fiches complètes et mes majeures préparées (la règle de droit de chaque cas pratique, déjà rédigée), et je propose aussi des cours particuliers.

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Les erreurs à éviter sur la prestation compensatoire

  • La confondre avec la pension alimentaire versée pour un enfant. La prestation compensatoire corrige un écart de niveau de vie entre ex-époux, alors que la pension finance l'entretien d'un enfant. Leurs règles de révision sont d'ailleurs opposées.
  • Attribuer à l'article 270 la dissolution du mariage elle-même. Les articles 260 et suivants organisent le prononcé du divorce. L'article 270 porte seulement sur la prestation compensatoire.
  • Croire qu'un époux aux torts exclusifs n'a jamais droit à la prestation compensatoire. Cette règle a disparu avec la loi du 26 mai 2004. Depuis, le juge peut seulement refuser la prestation par équité, dans des cas précis.
  • Traiter une vocation successorale comme un obstacle à la prestation compensatoire. Un héritage futur et incertain reste en dehors des droits prévisibles de l'article 271, donc il ne compte pas dans l'appréciation de la disparité.
  • Conclure trop vite à la suppression totale d'une rente après un événement nouveau. Il faut vérifier que ce changement fait réellement disparaître l'écart entre les ex-époux. S'il le réduit seulement, le juge baisse la rente sans la supprimer.
  • Appliquer la prestation compensatoire à la rupture d'un PACS. Ce mécanisme est en effet propre au divorce. Un partenaire de PACS qui rompt doit donc seulement indemniser l'autre si la rupture était brutale ou vexatoire, c'est-à-dire humiliante, sur le fondement de la faute civile. L'article sur les différences entre le PACS et le mariage les détaille une par une.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la prestation compensatoire ?

C'est une somme que l'un des ex-époux peut devoir verser à l'autre pour compenser l'écart de niveau de vie que le divorce crée entre eux. Elle est prévue par l'article 270 du Code civil et remplace, depuis 1975, l'ancienne pension entre ex-époux.

Qui peut demander une prestation compensatoire ?

Tout époux qui subit un écart de niveau de vie causé par le divorce peut la demander, y compris l'époux aux torts exclusifs depuis la loi du 26 mai 2004. Le juge peut toutefois refuser la prestation par équité, notamment quand des circonstances particulières de la rupture le justifient.

Comment le montant de la prestation compensatoire est-il calculé ?

Le juge applique l'article 271 du Code civil. Il regarde d'abord la durée du mariage ainsi que l'âge et la santé des époux. Il examine ensuite leur situation professionnelle et les choix faits pour la famille pendant le mariage. Enfin, il tient compte de leur patrimoine prévisible et de leurs droits à la retraite, en mesurant l'écart au moment du divorce.

La prestation compensatoire peut-elle être révisée après le divorce ?

Le montant du capital ne se révise pas, et seules ses modalités de paiement peuvent changer en cas de changement important. La rente viagère, en revanche, peut être révisée, suspendue ou supprimée en cas de changement important et imprévisible dans les ressources ou les besoins de l'une des parties.

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